Jorge est un homme jeune. Concierge, comme son père dont il a repris la place. Le père, lui, victime d’un accident vasculaire, est là, dans sa chaise, impotent. Il faut quelqu’un pour s’en occuper et que ce quelqu’un ne peut être que lui, Jorge. Arrivé ici, ami lecteur, tu trembles, tu te dis : encore un film sombre, trop sombre, un film qui va plonger dans le trou noir des désolations. Mais tu te trompes, ami lecteur, tu te trompes. La caméra de Dàniel Sanchez Arévalo est vive, subtile et légère. « Bleu foncé presque noir" reste du côté du bleu, du côté de la vie, du côté du rêve. La vie de Jorge est faite de mille autres choses. De Natalia, son amour d’enfance qui revient d’un long voyage. D’instants d’évasion poétique avec son meilleur ami Israël sur le toit de l’immeuble, aménagé aux couleurs de la rêverie. De son diplôme de gestion qu’il n’arrive pas à transformer en emploi bien rémunéré. De ce costume, symbole de l’ascenceur social, niché dans la vitrine des désirs consuméristes, qu’il n’a jamais les moyens de s’offrir. De son frère Antonio enfin, mauvais garçon reclus derrière les barreaux de la prison, qui lui demande un bien étrange service : mettre enceinte sa petite amie, elle aussi en cellule.
Du film, ami lecteur, je ne te dirai rien de plus, car tout cela, je l’espère, tu le découvriras en salle par toi-même. Sache cependant que le récit, construit au fil du temps sans retours en arrière, est ciselé et précis. le réalisateur sait naviguer entre les écueils du mélo et les récifs du poncif d’un coup de gouvernail sûr. Azuloscurocasinegro de Dàniel Sanchez Arévalo (je te répète son nom, ami lecteur, parce que je pense que tu auras à t’en souvenir) est une vraie réussite mêlant habilement lucidité sociale, humour tendre et poésie moderne, dans laquelle tous les caractères sont subtilement dépeints.
Ce premier film, présenté au festival Premiers Plans d’Angers en avant première, a reçu samedi 2O janvier lors de la soirée d’ouverture (sans cérémonie aucune, du cinéma, rien que du cinéma, quel bonheur...) un accueil enthousiaste de la part d’un public chaleureux. Trois salves d’applaudissements mérités et très nourris ont ponctué la fin de la projection. Bienvenue au monde des réalisateurs de talent, monsieur Arévalo.
Et merci au festival d’Angers de nous l’avoir fait découvrir.