En 1937, dans un pays encore marqué par la crise économique, Mark Sandrich réalisa l’un des classiques de la comédie musicale américaine, Shall We Dance ? Le couple mythique Fred Astaire-Ginger Rogers y excellait.
En 1996, alors que la morosité économique envahit le pays, Masyuki Suo réalise un remake plein de fraîcheur qui est aussi un vrai révélateur des mutations de la société japonaise.
Une femme, une fille, un logement en banlieue et un travail de bureau en ville, Shohei Sugiyama, magnifiquement interprété par Koji Yakuso, vit une existence tranquille mais morne.
Pour bouleverser cela, Suo utilise une figure narrative classique du cinéma américain puis européen : une femme qui apparaît à une fenêtre. Mais quand dans le cinéma occidental la belle énigmatique se révèle ordinairement être une femme fatale qui deviendra une obsession pour l’homme et mettra son existence en péril, Suo en fait simplement un élément charnière qui aidera l’homme à se révéler à lui-même.
Mais revenons à notre fenêtre. Une fenêtre récurrente puisque le train de banlieue de notre héros passe devant chaque jour. C’est celle d’un studio de danse, au dernier étage. Et la femme à la fenêtre, c’est la prof, Mai.
Au Japon, danser en public est considéré comme inconvenant, et notre homme devra donc pour la rencontrer s’inscrire à un cours pour débutant, franchir à la fois des limites morales et sa norme personnelle. Intelligemment, Masayuki Suo ne transforme pas le film en une banale romance, notre homme se prend un vent magnifique. Si son mariage se trouve menacé, c’est surtout parce que sa femme engage un détective pour le faire suivre.
Mais en montrant la façon dont notre se prend au jeu, le réalisateur japonais montre en finesse l’évolution de la société nippone, et la subtilité du film est d’utiliser le remake pour montrer ce glissement vers l’occident tout en nous faisant vivre la crise de la quarantaine de cet homme qui, à l’image de la société qui l’entoure, découvre que le labeur n’est pas la seule valeur et que la sensualité est une des raisons de vivre.
Et comme Sui développe à la fois des traits comiques liés à l’absurde du quotidien, le film se révèle à la fois fort intéressant à suivre, touchant et riche d’enseignements.