Même si la bande annonce de Shadow Dancer et les critiques mettent en avant la carrière de documentariste de James Marsh (Le Funambule, Oscar en 2009), il faut se souvenir qu’il s’était déjà essayé à la fiction, par exemple pour la troisième partie de Red Riding. Cette orientation donnée à sa filmographie sert à mettre en condition le spectateur, tant cette fiction-là est teintée d’un fort réalisme.
Cela commence vite et fort, amis spectateurs, n’arrivez pas en retard ! Au début est un attentat raté dans le métro londonien, suivi d’un interrogatoire tendu et fort bien filmé opposant Colette, l’activiste de l’IRA (Andrea Riseborough) à l’agent secret britannique Mac (Clive Owen). De cette confrontation nait toute la trame de Shadow Dancer,
Entre l’activiste de l’IRA et l’ agent du MI5, qui lui propose l’habituel marché délation-clémence, un pacte se scelle qui noue tout le fond narratif de l’intrigue.
James Marsh crée une complicité avec le spectateur en s’amusant avec les codes du genre. Il va jusqu’à créer une proximité en livrant peu à peu les codes de la catastrophe qui peu à peu s’avance. Car, comme dans tous les films de taupe, les dés sont pipés, et la domination des uns signifie amertume et échec pour les autres.
Sur ce sujet qui rappelle un peu la série télévisée Homeland, James Marsh ne choisit pas de construire un suspense. L’élégance formelle du film, l’habileté du scénario, le soin des détails historiques, tendent au contraire à un objectif inverse : lisser le récit, gommer ce qui pourrait faire choc, toujours emprunter au réel. Le film s’attache au quotidien, en restitue les longueurs, insiste sur les déchirements intérieurs des personnages.
Dans ce style épuré, l’importance du jeu des acteurs est primordiale, et Andrea Riseborough livre une composition au-dessus du lot, quand quelques personnages masculins semblent moins incarnés.
Rob Hardy signe une photographie froide et belle, proche de celle de Boy A . La région de Belfast s’incarne dans une grisaille choisie pour nous emmener vers un final surprenant et bien conçu.
Dans un film qui met à distance le spectateur, les amateurs d’action ou de films d’espionnage prêts à choisir la vitesse à la moindre occasion (les Jason Bourne par exemple), risquent certes de trouver des passages un peu longuets, d’être désorientés par une subtile complexité de scénario.
La limite du film est sans doute là. Etre aussi un exercice de style, une combinatoire érudite. Si tout ici est le reflet d’un choix, on a parfois l’impression que le réalisateur en est prisonnier.
Un film cadenassé, à feu couvant, mais un thriller brillant sur les complexes relations entre l’Irlande et l’Angleterre, qui réussit à parler d’histoire et d’idéologie au travers du destin d’une femme superbement incarnée.