Elephante bianco

De Pablo Trapero, Argentine, 2012, 1 h 50.
mercredi 27 février 2013.
 

Né en 1971, Pablo Trapero (Leonera, Carancho...) s’est imposé en sept films comme une des grandes figures du nouveau cinéma Argentin, et a fait un retour attendu en sélection « Un certain regard » lors du dernier Festival de Cannes. 

Spécialiste des thématiques sociales osées et pertinentes, le réalisateur s’attaque ici à un sujet à priori peu adaptable au cinéma, les tensions internes qui secouent les structures du catholicisme en Amérique du sud, le rapport de l’église à l’action dans les immenses champs de misère du continent.

Elefante Blanco est centré autour deux prêtres, l’un argentin (Julian, incarné par la vedette sud-américaine Ricardo Darin), l’autre belge (Nicolas, interprété par Jérémie Rénier).

Dès le travail d’exposition, Pablo Trapero fait montre de ses ambitions. En pleine forêt amazonienne, le père Nicolas (Jérémie Renier) est le témoin impuissant de meurtres accomplis par des paramilitaires. Planqué, il a un douloureux réveil avec comme voisins nombre de cadavres. Les mouvements de caméras sont amples et travaillés, la bande son est léchée (bruits de jungle, exactitude des détails), l’ambiance fort bien reconstituée, chacun des quatre éléments naturels étant évoqué avec précision. Trapero est remarquable créateur d’atmosphères.

La suite du film, que l’on pourrait sous titrer Dieu et les bidonvilles, quand le générique arrive, dix minutes plus tard, raconte l’engagement au quotidien de nos deux prêtres, dans un lieu sans loi marqué par l’extrême pauvreté, l’influence des narcotrafiquants, les descentes des forces spéciales.

Rééconforter, construire des équipements sociaux et une chapelle, telles sont les tâches auxquelles s’attellent nos deux hommes de foi, sous les vagues musicales un peu grandiloquentes de Michael Nyman. L’éléphant blanc , symbole des lieux, est projet d’hôpital jamais abouti, et devenu squatt lugubre.

Dans ce questionnement sur l’église et la véritable nature de son engagement social, Pablo Trapero n’occulte rien. Si le film fait sans doute référence au prètre P. Mugica, assassiné en 1974, les divisions d’un clergé parfois trop lié au pouvoir politique, divisé par de violentes divisions entre partisans du soutien au gouvernement militaire de certains et engagement contre la répression des autres, sont clairement évoquées.

La force du film, c’est son impact d’authenticité, sa faculté à tout aborder. Sa faiblesse, c’est d’intégrer comme liant à la sauce une intrigue amoureuse qui n’ajoute rien au film et le plombe. L’intérêt du prêtre belge pour l’ assistante sociale ne fait en effet qu’alourdir le tout sans que cela présente le moindre intérêt.

Et puis, si Ricardo Darín excelle, pour Jérémie Renier, qui semble posé dans cet univers comme une grenouille dans un erg, le film n’est qu’un long chemin de croix.

Considéré autrefois comme un des auteurs de la « nouvelle vague » argentine, Pablo Trapero signe ici un film a double face. L’une pleine de tics de réalisation et d’effets de style, l’autre authentique et imprégnée de réalité. Mais rien que pour la peinture du gigantesque bidonville, et quelques fulgurances, le film vaut le détour.

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