La salamandre

d’Alain Tanner
vendredi 16 juin 2006.
 

Ignorant tout d’Alain Tanner, ayant en tête un cinéma intello et suisse de surcroît ( !), j’allais à la rétrospective consacrée à ses premiers films lors du festival premiers plans d’Angers un peu réticente. Quelle ne fut pas ma divine surprise de découvrir un film certes daté ( 1971), mais fait de dialogues percutants, politiques et subversifs, bien sûr post- soixante huitard, mais d’une ironie, d’un mordant, d’une acuité si justes, et si courageux pour l’époque.

"Chronique en couleurs noires et blanches", comme le proclame le générique, à l’heure où la couleur s’est largement institutionnalisée, le film joue tantôt sur les contrastes, tantôt sur les nuances de gris, nous offrant une image de Bulle Ogier magnifique et rebelle, nous faisant découvrir des paysages de ville ouvrière et de banlieue glauques et désespérés..

L’intrigue du film mêle fait divers et fiction en cours d’écriture.

Les aspirations des trois personnages sont toutes nobles et utopiques, mais chacun avec ses petits moyens parvient à vivre malgré tout, même humblement ce qu’il souhaite.

Les trois héros se battent pour leur liberté dans une société hypocrite, ou seul l’argent et la maxime : travail, famille, patrie sont autorisés.

Les deux acteurs (Jean-Luc Bideau, Pierre et Jacques Denis, Paul) totalement complices, y sont d’une drôlerie et d’un cocasse hors pair. Il faut entendre une voix-off saugrenue proclamer comme un slogan que les fêtes de Noël se font "menaçantes à l’horizon" ; Pierre et Paul chanter à tue-tête, hilares, les pieds dans la neige : "Avant de crever, le capitalisme, dans sa perversité fondamentale, et la bureaucratie, dans son dogmatisme obtus, feront chier encore pas mal de monde !".

Les dialogues infiniment travaillés, incisifs et intrépides dans uns société encore frileuse et emplie de bonne moralité, sont complètement d’actualité, et rares sont les cinéastes du moment qui oseraient un tel ton libertaire et un discours aussi politisé et radical aujourd’hui.

On ne peut traiter le film de bavard, tant le discours s’équilibre entre humour, poésie et paroles utopiques et révolutionnaires.

La salamandre est le deuxième long métrage d’Alain Tanner. Réalisé avec très peu de moyens, il possède pourtant une force et une sincérité rarement égalés.


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