La Roumanie de 1987. Dans les rues, la R12, omniprésente, indispensable, se décline en toutes ses couleurs et toutes ses versions. Elle est sans doute le versant le moins monolithique du pays.
La période est moins que festive. La milice et l’arbitraire rôdent, le vert de gris domine dans les esprits comme sur l’écran. C’est le plus grand dénominateur commun avec « la vie des autres », commentée sur ce même blog.
Entre laideur, débrouille et bureaucratie, une ambiance glauque et désespérée s’imprime avec distance sur la pellicule . Ici toute tentative de liberté relève de la conspiration, parfois le film retrouve des images utilisées pour parler de l’armée des ombres.
Dans ce cadre, un avortement clandestin devient une épopée intime, une histoire d’amitié qui ne peut-être qu ’hors norme si elle veut connaître le succès. La force de Christian Mungiu, c’est de réaliser ce film sans se laisser à lui-même le moindre espace de liberté, en étant d’une rigueur extrême avec les principes qu’il s’est édictés : montrer sans juger, expliquer sans faire oeuvre de moraliste.
Les images du foetus expulsé, explicites sans être outrancières, qui ont tant fait parler d’elles, sont juste un reflet de cet état d’esprit, et il faut être membre de ligues de vertus puritaines ou ministre de l’éducation nationale pour les trouver déplacées dans ce contexte.
La grande cohésion interne du récit, son authenticité pugnace et contrôlée font de ce film une palme d’or méritée.
Un film humain centré sur des personnages qui acquièrent une vraie densité (interprétation remarquable de Anamaria Marinca). Un film politique utile, qui expose avec lucidité et clarté. Et aussi une oeuvre cinématographique qui, sans comporter de ces nouveautés fulgurantes qui peuvent justifier à elles seules d’une récompense cannoise, participe d’une nette vague de renouveau venue de l’est.
A voir sans tarder.