Unité de temps .
Unité de lieu.
Unité d’action.
Beaucoup de morts , mais peu d’hémoglobine. Peu de moyens, mais une grande efficacité.
En plein centre de Los Angeles, une bande organisée, prête à tout pour venger six des siens tués par la police, décide d’une attaque en règle contre un commissariat.
Tout commence par les symboles de la démission de l’état, par un affirmation de l’individu contre le collectif. Le commissariat va fermer ses portes dans le quartier difficile, ne restent plus que des cartons, des papiers qui s’envoleront sous le souffle des balles.
Le hasard , un prisonnier malade, font échouer dans ce terrain vague social deux rebuts de cette société, un condamné à mort blanc et un malfrat noir, une femme courageuse, un policier novice mais déterminé censé être le chef. Le film est une adaptation de Rio Bravo, d’ Howard Hawks, que Carpenter vénère. Rio Bravo, 1958, vous vous souvenez ? John T Chance*, shérif de Rio Bravo, a arrêté Joe Burdette, un vaurien et un assassin, frère de Nathan Burdette, le plus gros propriétaire de la région. En attendant l’arrivée du shérif fédéral, John T. doit protéger sa prison des attaques de Nathan décidé à libérer son frère grâce au services de mercenaires.
Ici comme dans le film d’Howard Hawks, le policier et le(s) prisonnier(s) doivent s’allier s’ils veulent avoir une chance de survie. Et ici comme chez Hawks, le tout n’est prétextes qu’à rencontre de caractères humains qui, dans l’adversité, se révèleront sans qu’il soit possible d’en préjuger, sans simplisme ni mièvrerie, dans une histoire à trois héros majeurs (le flic, le condamné, la femme).
Et si l’urbain remplace le grand ouest, la nuit le jour, si le minimalisme remplace le maximalisme, si la trame du récit se fait plus sèche, si l’on perd de délicats nuages d’humour, il reste beaucoup de points communs. Le sens de la trame narrative, l’économie des mouvements , la précision des plans. Le siège offre une possibilité de localisation dans l’espace précise . Le format de l’image est primordial pour Carpenter. Chaque scène est réfléchie de façon picturale, tout est fait pour donner une stature aux personnages, et il est frappant de voir combien le personnage du condamné à mort Darwin Joston, qui ne jouera plus guère que dans Eraserhead de Lynch) prend de la densité au long du film pour devenir en certaines allures presque proche de John Wayne soi-même...
Cette stature des personnages de l’intérieur est renforcée par l’aspect fantomatique de assaillants, ombres mouvantes et fantomatiques.
Autre emprunt, le personnage noir, tout droit tiré de la nuit des morts vivants.
Un film à cent mille dollars, tourné en vingt-quatre jours, un film que cette économie de moyens a obligé à choisir des solutions, qui, aujourd’hui encore, semblent modernes au spectateur.
* John T Chance est le pseudonyme que Carpenter se choisira pour son rôle de monteur au générique du film.