Films comiques français : critique de la critique

mardi 10 octobre 2006.
 

« Les bronzés 3 » , « OSS 117 » , « Camping » : le cinéma français du début de l’année 2006 est marqué du sceau du comique triomphant quand d’autres registres collectionnent les bides ou les semi échecs (« Angel A » , « Les brigades du Tigre »). Et l’on voit les journalistes spécialisés les plus sérieux dithyrambiquer (Les Cahiers du Cinéma pour « OSS », Télérama avec « Quatre étoiles ») pour un genre qui, encore récemment, ne méritait qu’un profond discrédit, au mieux un méprisant silence. La critique est un art difficile et appliquer la même grille d’appréciation aux films de Resnais ou d’Odeniente m’apparaît un exercice des plus périlleux. Mais pour une fois, le spectateur n’a pas besoin qu’on le stimule pour aller au cinéma et il attend plutôt des revues une réflexion honnête sur ce qu’il ira spontanément voir.

Réévaluation sincère ou nécessité économique de reconquérir un lectorat, on trouve désormais aussi des relectures savantes de nos braves « Tontons flingueurs » ou de cette ordure de « Père Noël » - oeuvres vouées aux gémonies lors de leur sortie - qui tiennent presque de l’exégèse ! On aimerait parfois davantage de discernement (tous les Audiard ne sont pas des chefs d’oeuvres) et j’avoue ma perplexité devant ces éloges tardifs ou ces repentances qui se démarquent difficilement d’une forme sophistiquée de marketing promotionnel appuyant les récentes sorties en DVD.

Alors, félicitons d’abord les acteurs de « Quatre étoiles » : José Garcia (comme d’habitude), François Cluzet, touchant en Alési post-traumatique et surtout Isabelle Carré, encore plus craquante que dans « Les sentiments » (de Noémie Lvovsky), tout en émettant des réserves sur une mise en scène sans grande invention et un scénario peu vraisemblable quant à la psychologie des personnages, surtout comparés à « La discrète » du même réalisateur, autrement plus acidulée.

« OSS 117 » de Michel Hazanavicius, un film réussi sur presque tous les points (la distribution féminine est un peu faiblarde à mon goût) oscille avec agilité entre le cinéma de référence(s) dans ses allusions hitchcockiennes (« La main au collet »), le divertissement à grand spectacle (entre James Bond et Indiana Jones) et les films d’espionnage français plus ou moins volontairement comiques (des succulents Monocle... aux panouilles cocardières comme les OSS d’origine et autres Eddy-Constantineries). En héraut vaillant du bon Président Vincent Auriol, Jean Dujardin endosse à la perfection - sans les outrances de « Brice de Nice » - un smoking de contre-espion paré des vices et vertus tricolores (esprit chevaleresque, suffisance involontaire, débrouillardise, inconséquence) plongé dans les milieux d’affaires égyptiens interlopes (le fameux “gratin cairote”). En somme, une grande réussite mineure, lisible à différents niveaux, qui atteint parfaitement ses objectifs et qui, en toute décontraction apparente, peut faire réfléchir et même grincer quelques dents ; espérons que le prochain épisode sera du même tonneau !

Et puis, il y a « Les bronzés 3 » et « Camping » : je n’en dirai aucun mal, non par crainte de mécontenter la foule mais pour confesser humblement que je ne les ai pas vus. Formatés pour des publics prédéterminés, lancés comme des produits ménagers, le passage en salle de cinéma n’est que l’étape liminaire d’un long processus marchand qui aboutira immanquablement à leur visionnage paresseux sur petit écran un soir d’ennui ou à l’emprunt honteux de leur double-DVD-version-collector chez un ami. De toutes façons, le plaisir qu’ils ont donné à des millions de spectateurs les place au delà (hors d’atteinte) de la critique habituelle et leur efficacité, loin de susciter un mépris condescendant, devrait générer une analyse constructive et dépassionnée.

Mais comme le cinéma est en même temps un art et une industrie et que ces films ont choisi de privilégier ce seul dernier pan de leur nature, les griefs qu’on peut leur porter se situent moins dans une perspective technique voire artistique (ils sont en effet mieux construits que la plupart des oeuvres d’auteur) que sur le plan éthique, mot dont l’emploi ici demanderait un plus long développement. C’est probablement cette différence de valeur qui éloigne « OSS 117 » de « Camping », qui permet d’apprécier « Le Père Noël... » en souhaitant éviter « Les bronzés 3 », et qui fait défaut dans la quasi-totalité des analyses de la critique professionnelle (Serge Daney est décidément bien mort) ; voilà en quels termes j’aimerais ouvrir un débat sur les films à grand public avec les lecteurs de cet article.

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