Astérix aux Jeux Olympiques

De Thomas Langmann et Frédéric Forestier (France, 2008)
vendredi 1er février 2008.
 
ASTERIX M’A TUER

Ami VOgazetteur, tu dois te convaincre que le cinéma, avant les images et le son, est surtout fait de chiffres. Alors voici pour ton contentement : 78 millions d’Euros de budget (dont 20 de marketing), sortie simultanée en Europe sur 5000 écrans et un casting avec tellement de stars que tu n’a pas assez de doigts et d’orteils dans toute ta famille pour les compter.

Résumons l’intrigue : le jeune Alafolix tombe amoureux d’Irina, une princesse grecque promise à Brutus, le fils de César ; la main de la belle sera finalement donnée au vainqueur des Jeux Olympiques. Astérix, Obélix et Idéfix accompagnent alors Alafolix en Grèce... A ce stade, fidèle lecteur, j’ai deux nouvelles à te donner, une bonne et une mauvaise.

La mauvaise d’abord : ASTERIX ET LES JEUX OLYMPIQUES n’est pas très drôle et malgré la jeunesse du public présent ce mercredi, les rires ne fusaient pas beaucoup (du reste la BD est plus plaisante que bidonnante). Sans convoquer notre ami Bergson, tentons d’analyser ce triste constat :

1/ un manque de rythme inquiétant : de longues séquences sont totalement dépourvues de gags et ne servent qu’à montrer qu’on en a pour son argent ; là, l’importance du budget joue vraiment contre le film. Le survol des cités grecques, des palais, du stade ou les quelques effets spéciaux remuent vaguement les pupilles sans jamais exciter le sens du merveilleux.

2/ des moments "drôles" amenés à la vitesse d’un cheval mort (l’aigle apprivoisé revenant vers Brutus, le miroir aux flèches empoisonnées, Jean Todt et le ravitaillement de la course de chars). Dans certains films, cette lenteur est recherchée quand le gag final n’est pas celui que le public escomptait ; ici, hélas, tout est lentement prévisible.

3/ une palette d’humour très limitée et donc vite répétitive :

-  pour les petits enfants : les chutes (surtout dans le générique), les coups de poing, la princesse Irina qui dit "Pouet Pouet", Brutus qui tire la langue, la dégustation dégueu des coléoptères par Elie Seimoun et ses sbires...

-  les grimaces et le comique de répétition de Benoît Poelvoorde en Brutus machiavélique obsédé de parricide

-  les réparties de dialogue, type Kamelott et les traits d’esprits (j’y reviendrai plus loin)

Pour le reste, pas de comique visuel élaboré, pas d’absurde (type Edouard Baer), pas de régression scatologique à l’anglo-saxonne (on regrette Borat), pas de gags en arrière plan (voir les films de Blake Edwards par exemple) : en un mot, aucune surprise hormis les taches du guépard !

4/ le sempiternel jeu sur les stéréotypes (remarquons que le char rouge Ferrari du tandem Todt-Schumacher représente la Germanie) : les grecs sont plus qu’helléniques, les égyptiens pyramidaux... Delon imite sa caricature des Guignols avec application, Franck Dubosc s’autoparodie sans grâce, Francis Lalanne ne se souvient plus s’il fait semblant de chanter faux ; seul Zidane aurait pu faire rire quand il se plaint à Jamel Debouzze de son habit ridicule d’égyptien (à l’exception de sa chevelure postiche), hélas rien n’est suggéré !

5/ la volonté de faire de la "belle image" façon pub pour produit de luxe (Irina sautant du balcon, un plan rapproché sur les jambes de César-Delon), sensée tranquilliser un public sevré de réclames pendant deux longues heures ou justifier la hauteur du budget. La campagne de promotion fonctionne d’ailleurs sur cette tautologie : allez voir le film car il a coûté cher et a été fait pour vous.

6/ l’utilisation de recettes ressassées : des bons sentiments qui émeuvent nos petits cœurs comme la romance de Alafolix et Irina, l’idylle entre Idéfix et sa copine le côté poète d’Obélix et ses réflexions philosophiques sur la force et le gentillesse. Si les Français acceptent l’inégalité, ils répugnent à l’injustice ; le film dénonce - sans aucune prise de risque - le dopage, la tricherie, la corruption, la concussion (mais Elie Seimoun est bien moins convaincant que Gérard Darmon). Par contre, aucun côté vachard, aucune remise en cause des inégalités sociales ou économiques de l’Antiquité, et de bien rares clins d’oeil à l’époque moderne (le plan Vigipilum, des amphorisages dans la circulation).

7/ le défilé insupportable des pipols sportifs élevés au rang de divinités vivantes (Amélie Mauresmo, Tony Parker, Zizou !) qui encombrent déjà nos écrans, surchargent l’addition sans rien apporter de comique (tant qu’à faire, j’aurais préféré voir le trio BHL, Finkelkraut et Glucksman en jupette).

C’est le moment de prolonger un peu notre réflexion sur le comique français actuel. Pour ceux qui se souviennent des Pierre Desproges, Coluche, Bedos (au début) dans une télévision en direct qui laissait encore une petite place à la surprise, l’humour avait une fonction déstabilisante tant sur le plan individuel que collectif, avec une dimension auto-agressive voire parfois suicidaire (je me souviens de Desproges imitant la voix de son père, fumeur, atteint d’un cancer à la gorge). A l’inverse, l’humour actuel de dialogue façon Canal+, Kamelott ou Brice de Nice, non déplaisant sur quelques minutes mais plutôt inopérant dans la durée, a des vertus uniquement hétéro-agressives (la réplique qui casse, le mot qui tue), sans remettre en cause l’ordre des choses. Le côté loser ou enfant attardé de Brice adoucissait sa méchanceté verbale alors que Michael Youn oublie toute dimension comique pour ne garder que l’agression envers le voisin présentée comme la transgression de l’autorité. Ici, rien que du comique tout-public, parfaitement calibré et totalement conforme aux normes européennes en vigueur !

Mais annonçons enfin la bonne nouvelle (en plus du remplacement de Christian Clavier par un Clovis Cornillac hélas aussi fadasse que José Garcia) : ASTERIX AUX JEUX OLYMPIQUES est un film intellectuel.

Non, ami lecteur, je ne galèje pas. Admettons que le rire accordé avec parcimonie laisse du temps libre pour le cerveau mais la place manquerait dans cet article pour relever les innombrables saillies à visée drôlatique (surtout César, véritable mine de sentences comme : "il faut rendre aux petits gaulois ce qui appartient aux petits gaulois"), les rappels bibliques, les emprunts littéraires (Winston Churchill ou Cyrano de Bergerac, si longuement cité qu’on se rapproche du siphonnage), les références cinématographiques (Sergio Leone, la filmographie quasi-complète d’Alain Delon, Robert Redford)...Quitte à déplaire au bas-peuple, des oeuvres mineures comme nos braves chansons populaires (Besoin de rien, envie de toi, Que je t’aime...) sont ravalées au rang de sous-résidus de poésie, même si c’est Brutus qui est présenté comme le plagiaire de Peter, Sloane & Johnny (ce qu’une étude chronologique plus sérieuse pourrait démentir). Quatre scénaristes de haut vol n’ont pas été de trop pour bombarder de traits spirituels ou de notations culturelles le spectateur un tant soit peu attentif aux dialogues. Abondance de biens finit par nuire et je suis sorti de la séance la glotte reposée mais le cortex auditif au bord de l’épuisement.

Au total, cet Astérix (nettement moins désopilant que le précédent, Mission Cléopâtre, mais bien supérieur au premier signé Claude Zidi) peut apparaître avec sa présentation classieuse, son érudition classique et diversifiée, son absence recherchée d’originalité et l’ennui léger qu’il distille, comme une version modernisée de nos vieux Lagarde et Michard. Alors vivement "Disco" de F.Onteniente (avec Franck Dubosc en Travolta du dancefloor, en salle dès le 2 avril) qu’on se relaxe vraiment le neurone !

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