Alpha Dog (1h58)

ou le nouveau cinéma réactionnaire américain
mercredi 23 septembre 2009.
 
Retour sur un film tiré d’un fait divers récent et sous influence. Ce film (1h58) est tiré d’une histoire réelle : la mort d’un adolescent américain en Californie, frère d’un consommateur de drogue, pris en otage puis assassiné pour faire payer son frère (en dette vis-à-vis du dealer).

Le réalisateur Nick Cassavettes (encore un fils de...), nous dépeint une petite communauté californienne, des ados américains comme les autres, fan de skate et d’herbe, de filles faciles...dont les parents sont le plus souvent absents ou complices des turpitudes de leurs enfants.

Le film montre comment un petit dealer (Emile Hirsch) cherche à se venger d’un mauvais payeur, un drogué récidiviste, en enlevant, par hasard, son frère. La tension monte, et un fait-divers banal devient petit-à-petit une véritable tragédie (avec l’assassinat commandé du frère).

Le frère est d’abord intégré à la petite communauté bigarrée du dealer, avec ses personnages haut en couleurs (Justin Timberlake notamment) et ses filles faciles. Mais lorsque les parents du frère enlevé préviennent la police, la situation prend un tour plus sérieux et les dealers prennent conscience de leurs méfaits et des solutions radicales à adopter.

Le film cherche à nous dépeindre une communauté amorale, désocialisée, fumant et baisant à tout va. Le film cherche ainsi à tirer de ce fait-divers une forme de moralisme réactionnaire afin de condamner les comportements irresponsables de ces ados et le laisser-faire généralisé des parents. En ce sens, ce film est captivant, car il dépeint une "MIDDLE CLASS" américaine gangrénée par la drogue, les valeurs du fric, des médias, la désocialisation progressive de ses enfants (la fameuse banalité du Mal).

De plus, on sent que le réalisateur a pris comme modèle les films de Larry Clark, autre observateur trash de la classe moyenne américaine, avec ses films "Bully" ou "Kids" (d’ailleurs, un certain nombre d’acteurs jouant dans les films de Larry Clark se retrouvent dans ce film). Mais ce que l’on notait déjà chez Larry Clark, à savoir une forme appuyée de voyeurisme sous couvert de dénonciation, se retrouve sur ce film, avec des scènes de sexe, d’orgie, de drogue filmées avec délectation et faux moralisme.

Le film est d’abord très réactionnaire dans son moralisme pesant (ne laissez pas trainer vos gosses, arrêter la drogue, éliminons les dealers...). D’autre part, il semblerait que toute la communauté des acteurs hollywoodiens se soit sentie concernée, voire interpelée par ce film. On retrouve ainsi Bruce Willis, Sharon Stone ou Justin Timberlake jouant dans ce film. Le message est clair : vos enfants sont en danger tous les jours, il serait temps de resserrer les vis... En plus, le film devient de plus en plus nauséabond sur la fin, car instituant un faux suspense sur l’exécution ou non du frère (on ne sait jamais s’il le sera vraiment, les commanditaires louvoyant ou ne sachant quelles postures adoptées).

Bref, le moralisme et puritanisme américain ont encore de beaux jours devant eux, avec ce genre de film. On attendait mieux du fils de John Cassavettes avec des films aussi subtils qu"Une femme sous influence" ou "Gloria".

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