Les lecteurs fidèles de ce blog se voient souvent conseiller des films philippins, tchadiens (du Nord) ou valacho-moldaves ; certains ont appris à se méfier et ils craindront peut-être cette réalisation iranienne : ils auront tort ! A propos d’Elly est le troisième film d’Asghar Farhadi alors que les deux premiers n’ont pas été distribués en France. D’entrée, on est étonné par le niveau de sa maîtrise technique, évidente dans la mise en place de l’intrigue où l’allégresse laisse pointer une menace sourde, imprécise, diffuse.
Un groupe d’amis, anciens étudiants de la Faculté de Droit de Téhéran, décident de passer ensemble quelques jours de vacances dans une villa louée au bord de la Mer Caspienne. Sepideh, l’organisatrice du groupe, a invité Ahmad qui sort d’une rupture conjugale, ainsi que l’intitutrice de son propre fils, la jolie Elly. Tout commence dans la bonne humeur jusqu’au drame : un enfant manque de se noyer en même temps qu’Elly disparaît...
Après la catastrophe, les langues se lâchent, les automatismes reviennent et les personnages uniformes du début s’individualisent. Le vernis de la modernité s’écaille, les réflexes traditionnels ressurgissent : machisme sous-jacent, vision exacerbée de l’honneur (et du déshonneur), mais aussi le sens de la responsabilité collective et de la solidarité.
Le cinéma iranien, dans le sillage de l’immense Abbas Kiarostami (Palme d’Or à Cannes en 1997 pour « Le Goût de la Cerise ») nous a habitués à des récits lents, contemplatifs, qui se veulent des paraboles ou se lisent comme des fables. Rien de tout cela ici et le réalisateur tire sans ménagement vers le thriller psychologique.
Sur le plan formel, « A propos d’Elly » est une vraie réussite, avec une mise en scène efficace et fluide, une interprétation sans faille et des images très bien composées, comme Elly courant avec son cerf-volant ou les quatre hommes attendant son hypothétique retour, debout, face à la mer. Le maintien du suspense - que s’est-il vraiment passé ? - n’oblitère en rien les descriptions des personnages, saisis avec finesse et humanité.
L’air de ne pas y toucher, le film également montre la précarité des avancées sociales récentes (dans les classes favorisées, presque européanisées), remises en cause à la moindre crise. Les femmes peuvent bien organiser, conduire, prendre part aux discussions, elles doivent nager totalement vêtues et leur émancipation leur est vite renvoyée comme un reproche.
Insistant sur le soubassement sexiste de la société iranienne, je m’aperçois que j’ai omis une des qualités principales du film : les deux héroïnes sont vraiment très belles... Et puis, elles jouent bien aussi.