L’académie de Platon

De Filippos Tsitos, Grèce, Allemagne, 1H43.
jeudi 7 janvier 2010.
 
Primé à Locarno, L’académie de Platon est le deuxième film de Philippos Tsitos après "My sweet home" (2001).

Un carrefour ordinaire dans la banlieue athénienne. Deux petits commerces qui s’y font face. Dont le bar-tabac de Stravos, un homme dans la maturité qui occupe son temps entre sa mère, qui perd lentement esprit et mémoire, et ses trois copains, piliers du carrefour.

La vie semble régie par des rites immuables : ouvrir la boutique, suspendre les journaux à une pince à linge, boire un café frappé, écouter de la musique. Sous ces habitudes, derrière la tranquille sérénité des jours, en arrière plan de la quotidienne partie de football, nos lascars partagent aussi un racisme latent, une xénophobie ordinaire et un chien bâtard, Patriote, qu’ils essayent de dresser malgré sa naturelle apathie à aboyer au passage de l’Albanais, qu’ils ont désigné comme responsable des grands maux du pays comme de leurs personnelles avanies.

Filippos Tsitos pose un à un les éléments de son récit, campe par touches très structurées (sous une apparente décontraction) un portrait de groupe passionnant. Des personnages auto-centrés qui comptent (enfin, essayent) les chinois qui viennent d’installer une boutique à proximité des leurs. Cultivent leur paresse avec soin mais critiquent ceux qui accomplissent le travail qu’ils se refusent à faire.

Leur quiétude s’effondre le jour où un albanais embrasse la mère de Stravos. Une intrusion qui va bouleverser la vie de nos compères. Leur amitié va-t-elle résister à la complexification de leur univers ? C’est ce que nous raconte, si bien, Philippos Tsitos en renvoyant le spectateurs aux fantasmes de notre univers collectif.

La distribution, homogène et convaincante, est emmenée par un Antonis Kafetzopoulos remarquable dans le coup de gueule comme dans le coup de tendresse, au jeu en palette de nuances.

L’académie de Platon fait partie de ces films un peu miraculeux qui , bien que réalisé avec de petits moyens, réussissent à embrasser des problèmes complexes en les regardant par le spectacle de quelques personnages.

Rattrapés par la mondialisation, englués dans leurs certitudes, nos héros sont , malgré tous leurs défauts, regardés avec un oeil bienveillant. Des gens simples observés dans leur vie de tous les jours. Une mise en scène remarquable, une prise de vue toujours parfaite, un sens certain de l’espace et du mouvement s’associent ici pour composer un tableau pertinent, ironique et lucide.

Sans lourdeur et tout en finesse, un très beau film contre les préjugés, une revue de détail des problèmes de la vieille Europe, un grand moment de bonheur et de cinéma.

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