L’Imaginarium du docteur Parnassius

De Terry Gilliam, USA, 2009. 2H02.
mercredi 11 novembre 2009.
 

Dans la Londres moderne, par une nuit luisante et sans lune, un étrange équipage, tiré par quatre chevaux suivis d’une roulotte digne des créations les plus loufoques du théâtre de rue, bringueballe devant les façades brillantes de la modernité. Elle est habitée d’un vieil homme tendance éternité divine, de sa fille, aguichante demoiselle , d’un nain de circonstance et d’un jeune homme évidemment amoureux de la demoiselle.

Le camping-car dix-huitième siècle se déploie avec une précision de mécanisme d’opéra, et une musique de fête foraine rugit hors de sa carcasse, une scène se déploie, nos héros haranguent les rares badauds arpentant le froid pavé à cette heure matinale. Le spectacle ? Il n’y en pas, une simple invite à passer « de l’autre côté du miroir », à entrer dans un royaume de rêves que le docteur Parnassius, en transes, fait exister en des décors de bandes dessinées, de toutes natures et de toutes textures, le plus souvent très réussis ou réussis (le film a certainement mérité le prix de la lutte contre le chômage chez les décorateurs et fabricants d’effets spéciaux).

La suite : un grand délire foutraque de plus de deux heures, sur le scénario un peu éventé de la lutte entre le bien et le mal, le docteur Parnassius et le malin, avec tricheries et renversements d’alliance.

Cependant le film ne laisse pas le temps de souffler, est servi par une brochette d’acteurs remarquables, et recèle quelques trouvailles. Le langage se fait délicieusement incorrect par la bouche d’un nain affecté du rôle du bouffon shakespearien, une réussite. Le diable formidablement campé par Tom Waits est somme toute fort sympathique, et le personnage d’escroc cynique -Heath Ledger et ses remplaçants- qui se sert des enfants pour récolter des fonds est une belle dénonciation du charity business.

Tout cela est onirique, baroque, foisonnant, et les références abondent, du discours de Martin Luther King aux contes de fées en passant par La quatrième dimension : bouches distordues puis disparaissant, reflet d’un homme dans l’eau sous la lumière de la lune.

Les changements de castings et de scénario imposés par la mort d’Heath Ledger ne font que rendre le film un peu plus bordélique qu’à l’origine, ce qui n’est pas peu dire.

A vouloir faire, comme il l’a affirmé , une synthèse de ce qu’il a fait jusqu’à présent, Terry Gilliam a composé un film virevoltant , plus proche du « Baron de Munchausen » que de Brazil, et l’on se dit que se serait joie s’il se remettait à la vraie comédie.

Cependant, si ce film risque de ne pas rester gravé longtemps dans nos mémoires, faute d’un fond et d’un but affirmés, il faut dire que l’on ne s’y ennuie jamais, et que les deux heures passées à le regarder sont deux heures d’agréable divertissement et de cinéma. Ce qui est déjà beaucoup.

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