Par un heureux concours de circonstances, il sera libéré vivant et retrouvera sa femme et ses deux filles. Sa libération sera pour lui une cruelle désillusion, il ne trouvera plus l’amour des siens, effaré par la révélation de ses frasques sexuelles et de jeux par les magazines People. En outre, il perdra la tete de son Empire industriel, manipulé par ses actionnaires et son avocat, l’obligeant à refaire sa vie et à revoir ses priorités. Le film nous révèle ainsi un personnage puissant qui, finalement, est aussi bien enfermé au sens pratique du terme que sur le plan social ou professionnel. Ce rapt sera pour lui l’occasion de remettre en cause son ancienne vie et de divorcer d’avec sa femme.
Par rapport à son film précédent ("la raison du plus faible" (2006)), Lucas Belvaux se situe du coté du patronat, même s’il ne ressent aucune empathie pour ce personnage. L’utilisation de la violence chez Lucas Belvaux est omniprésente dans ses films, nécessité de la violence du Rapt, de la police à la recherche des ravisseurs. Violence de fait qui précède la violence sociale des chômeurs comme dans "La raison du plus faible". Chez Lucas Belvaux, il y a une héroïsation de la classe ouvrière, du Prolétariat, du secteur industriel des aciéries dans "la loi du plus faible". Cette héroïsation se traduit aussi par un retour au Passé, une volonté de revenir sur les lieux de lutte du Patrimoine industriel.
Ici, ce Rapt s’explique par la puissance financière supposée de Stanislas Graff et son mode de vie luxueux, voire décadent. Mode de vie et moeurs acceptés par sa femme par la supposée grande personnalité de ce chef d’entreprise, son énergie et sa forte personnalité ; sa famille ne servant que de vitrine respectable pour sa carrière. Ce rapt et ses conséquences seront l’occasion de remettre en cause sa vie personnelle et professionnelle. Les anciens ravisseurs de ce capitaine d’industrie le rappelleront à son bon souvenir et à sa condition à la fin du film.
De plus, les ravisseurs et Stanislas Graff entretiendront une relation ambiguë, faites de maltraitance (on coupe un doigt) et de bienveillance (nourriture améliorée et télévision). Gérard Meylan (acteur échappé de Guédiguian)joue un des ravisseurs compréhensifs, c’est l’occasion de dialogues savoureux entre les deux personnages (sur l’efficacité de certaines armes de chasse notamment ou les attirances de la jet-set). Il y aura même une forme d’empathie, de complicité à un moment donné, lorsque les ravisseurs et l’otage comprennent qu’ils sont manipulés allègrement par les forces de police et la famille ("ils ne nous prennent pas au sérieux, hein Président, ils veulent se débarrasser de toi !!!").
D’autre part, un autre aspect des films de Lucas Belvaux, c’est la présence, la manière de fonctionner des forces de Police face à la violence des ravisseurs ou des anciens chomeurs ("la raison du plus faible"). Policiers qui doivent s’adapter aux codes des ravisseurs, mais aussi aux différents codes sociaux de ce milieu friqué... Ce sont souvent des personnages froids, mais agissant avec efficacité et neutralité.
Pour finir, on peut s’interroger sur la morale supposée de ce film ou sa naïveté sociale (le patron en pleine rédemption après son enlèvement). Moralisme pesant que l’on retrouvait déjà dans les films précédents de Lucas Belvaux. Celui-ci apparaît d’ailleurs comme pilote d’hélico pour la Police : il prend de la hauteur sur ses personnages !