Le cinéma épuré d’Alain Cavalier

A la recherche d’une certaine ascèse cinématographique
mercredi 2 décembre 2009.
 
Après des études d’Histoire, Alain Cavalier entre à l’IDHEC, puis devient assistant de Louis Malle (sur des films comme "Ascenseur pour l’échafaud", "Les Amants").Il passe à la réalisation avec le court-métrage "Un Américain" (1958). Il enchaîne ensuite avec deux longs métrages politiques qui déclenchent les foudres de la censure : "Le Combat dans l’Ile"(1961) qui a pour personnage principal un jeune fasciste et "L’Insoumis" (1964) sur la guerre d’Algérie. Malgré la présence de comédiens connus dans ces films (Romy Schneider, Alain Delon), ce sont des échecs commerciaux et Alain Cavalier passe à des oeuvres moins polémiques.

Il connaît ses premiers succès avec le polar "Mise à Sac" (1967) et surtout avec une adaptation d’un livre de Françoise Sagan : "La Chamade". C’est au moment ou il est le plus en vue qu’il décide de renoncer à la réalisation pendant huit ans. Il revient avec des oeuvres plus expêrimentales et épurées comme "Le Plein de Super" (1976) et "Martin et Léa" (1978).

Après deux films sortis dans la confidentialité ("Ce répondeur ne prend pas de messages"1979, "Un étrange voyage" 1980), il connait un succès inattendu avec un long métrage sur la sainteté, "Thérèse", ovationné à Cannes avec un Prix du jury, plébiscité aux Césars avec 6 récompenses dont celles du Meilleur Film et du Meilleur réalisateur.

Le réalisateur poursuit son travail d’épure jusqu’à tourner un film sans dialogues : "Libera me" (1993)qui a pour thématique l’oppression, la torture et la Résistance. Par la suite, Alain Cavalier décide alors d’abandonner la fiction et réalise des séries documentaires de portraits ("Vies" 2000). Il déclare à ce sujet : "J’en suis arrivé peu à peu à ne filmer qu’au plus près de mon experience".

En 2002, il mélange fiction et réalité avec "René" ou l’un de ses amis comédiens de 155 KG s’engage à perdre du poids. Son travail autobiographique se poursuit avec "Le Filmeur", un journal intime filmé entre 1994 et 2005, et présenté au Festival de Cannes dans la sélection "Un certain Regard" en 2005.

Ainsi, Alain Cavalier s’est peu à peu détourné avec les années du cinéma traditionnel pour tourner seul en vidéo numérique. Il a organisé sa vie et son métier autour d’un cinéma artisanal de haute tenue. Son dernier film relate la disparition de la femme aimée "Irène", à savoir Irène Tunc, ex-MissFrance devenue actrice. Il l’a filmée à deux reprises (dans "Mise à sac" et "La Chamade"). Ils s’apprêtaient à tourner ensemble un film ultra-intimiste, l’histoire de leur couple. Mais Irène s’est tuée brutalement dans un accident de voiture en 1972.

Le film "Irène" prend ainsi vite la forme d’une évocation de la chère disparue, portrait d’une femme "borderline", dotée d’une énergie terrienne et d’une sérieuse inaptitude au bonheur. Cavalier essaie de la faire réapparaitre par des photos, des objets ou des lieux de mémoire... Le vide de l’absence en est encore plus criant.

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