Londres, début des années 2000. Un ministre du gouvernement de sa Très Gracieuse Majesté déclare qu’une guerre contre l’Irak est "imprévisible" ; le Conseiller en Communication, éminence noire du Premier Ministre, entre alors en fureur ; malgré les démentis successifs, cette guerre n’est pas plus "imprévisible" qu’elle n’aurait été "prévisible" : certains sujets ne doivent simplement pas être abordés. De même, l’utilisation répétée devant les micros du mot "diarrhée" par le ministre de la Santé lui vaut immédiatement la douce épithète de wanker (branleur).
Et pourtant, il y a bien pire que les mots : derrière les façades vitrées de grands immeubles, une nuée de jeunes conseillers encore plus ambitieux qu’intelligents gravitent autour des politiciens. Totalement amoraux, gonflés à l’égotisme ("Je suis le spermatozoïde qui a réussi"), ils ne défendent aucune autre valeur que leur soif de réussite personnelle, au détriment de leurs congénères, de la population, de l’humanité...
Ainsi, la guerre va subvenir au nom d’une résolution votée à la va-vite, sans que personne ne comprenne vraiment qui la souhaite et ni pour quelles raisons. Le film donne en même temps un portrait au vitriol de la diplomatie britannique : ses émissaires sont traités comme des larbins qui se satisfont d’un simple séjour à Washington dans une chambre d’hôtel pour peu qu’elle ait vue sur le Capitole.
Difficile d’aborder l’aspect cinématographique d’un film qui ne cherche qu’à singer les reportages télé. De grands coups de zoom volontairement disgracieux isolent des personnages qui sont en perpétuelle représentation d’eux-mêmes. L’évolution dramatique des évènements conduisant au conflit reflue délibérément derrière un salmigondis de désinformation, paranoïa, trahison, susceptibilité mal placée... qui semblent gouverner la marche du Monde.
On navigue entre le ton sarcastique des Guignols et le caractère régressif de Mr Bean. La frontière du bon goût est explosée dès la première éructation verbale du Dir’Com dont les jurons et autres insanités relèguent le Capitaine Haddock au rang d’un apprenti poète. On a même droit à une scène presque gore quand la secrétaire d’Etat américaine saigne des dents et colmate ses brèches gingivales à grand renfort de papier hygiénique
Le ministre, totalement dépassé, sera finalement viré pour un motif dérisoire ; son jeune conseiller se recasera probablement auprès d’un successeur tout aussi incompétent... Un tel défoulement serait inconcevable dans le cocon propret du cinéma français ; on peut hélas déplorer que le film ne s’attache à aucun personnage, ne change pratiquement pas de rythme et reste une critique certes acerbe mais un peu vaine.
On touche à nouveau les limites de ces satires qui raillent à bon compte les élites et les édiles. Apercevant l’iceberg, les passagers des niveaux inférieurs du Titanic ont peut-être souri de voir l’orgueil du Capitaine bientôt détrompé mais, dans les canots de sauvetage, la majorité des survivants provenaient du pont supérieur. Malgré ces réserves, le scénario de "In the Loop" pourra toujours servir de réservoir d’insultes en cas - très improbable - de pénurie et l’on passe somme toute un joyeux moment.