Une aventure de Billy the Kid

De Luc Moullet, France, 1970, 1H17
mercredi 27 janvier 2010.
 

Luc Moullet est un arpenteur. Un arpenteur des territoires du cinéma. Un arpenteur des chemins de traverse. Un marcheur et un cyclotouriste. Un arpenteur de la géographie physique.

Ce dernier aspect est particulièrement flagrant dans Une aventure de Billy le Kid, un western loufoque et amoureux. Il y passe en revue ses lieux de tournages fétiches, les Alpes du sud et ses chères roubines, formations géologiques fortement érodées dont les cailloux et les sables créent un univers de western particulier et fantasmagorique. Il déclare d’ailleurs : « Les roubines sont un élément fondamental de mes films et apparaissent dans Terres noires, Les Contrebandières et Une aventure de Billy le Kid. Dans la roubine, il y a deux éléments : la montagne et le désert. C’est un espace théâtral sans problèmes. C’est un paysage assez malléable où l’on peut « jeter » des acteurs, faire un peu ce que l’on veut. C’est aussi un paysage sexuel : c’est creux, plein... C’est le théâtre sans problème d’éclairage. C’est un lieu où l’on peut tout faire. C’est à la fois un élément de décor et un microcosme. On ne découvre jamais l’échelle et c’est bien pour établir des rapports de distanciation. On ne sait jamais si on est dans l’infiniment petit ou l’infiniment grand »*.

Comme souvent dans les films de Luc Moullet- que l’on voit marcher où pédaler dans nombre de ses oeuvres-, les personnages avancent . Comme nous sommes dans un western, ils avancent dans le paysage, mais aussi d’attaque de diligence en trahisons, de retournements de situation en chutes dans la poussière, de fuite en rivière pour échapper aux survivants en fuite vers une imaginaire frontière mexicaine. Sans oublier la scène époustouflante où les indispensables indiens surgissent de failles rocheuses.

Il ne s’agit pas là d’une parodie de western, ce serait contresens. Il s’agit bien là du seul grand western français**. Mais d’un western burlesque. Un western où les tribulations du personnage entraînent donc, à l’insu de son plein gré pour reprendre une formule devenue célèbre, des péripéties qui suscitent une franche hilarité. La clef de la réussite, elle est dans le va-et-vient perpétuel entre le sérieux et le rire, le vrai et le faux, le genre et son contrepied, qui caractérisent au fond le cinéma de Luc Moullet.

Jean Pierre Léaud aide beaucoup par son talent à la réussite de l’entreprise. Impayable dans son pantalon pattes d’eph à rayures, bottes de chez Peckinpah, colts au côtés et chemise blanche, il est un hors la loi crédible dans le burlesque, enfant de Tati et Keaton quand la situation prête à s’esclaffer, et ténébreux et énigmatique à souhait quand il faut que le film revienne à sa première nature. Marie-Christine Questerbert (actrice dans Le Prestige de la mort du même Moullet et réalisatrice de la chambre obscure) assure dans le rôle de sa compagne assurant elle aussi le grand écart entre le style pistolero et le genre midinette.

Luc Moullet , selon son habitude, s’attribue un rôle qu’il tient avec justesse, et c’est Jean Eustache lui-même qui se chargea du montage, précis.

Les chasseurs de primes sont las, et le combat des hommes est fil du film remplacé par la guerre des sexes, le décolleté, étant, c’est bien connu, la faiblesse principale de l’homme de l’ouest...

Silhouettes se détachant sur grands paysages, danse du corps de Jean Pierre Léaud, clins d’oeils cinéphiles et comique irrépressible, un film à ne rater sous aucun prétexte.

*Cité dans un entretien avec Gérard Courant,auteur de "L’homme des roubines", un documentaire sur Luc Moullet.

**j’attends la réaction de l’ami maro à cette phrase que j’assumerai... et bien l’ami maro va te laisser tout seul avec cette belle affirmation !

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