A serious man

De Joel et Ethan Coen, Etats Unis, 2010, 1H45
dimanche 24 janvier 2010.
 

A serious man est le premier grand film yiddish de mise à distance de la religion juive. On connaissait l’humour juif de Woody Allen, on trouve ici une comédie juive décalée et surprenante, comme une parenthèse stylistique personnelle dans l’oeuvre du meilleur réalisateur bicéphale de la planète cinéma.

A Serious Man, en guise de préambule, s’ouvre sur un conte yiddish. Dans un petit village, un shtetl, par une soirée d’hiver glaciale, un homme supposé mort frappe chez ses voisins. Un dibbouk (revenant inspiré par le malin) ? Persuadée de la version revenant, la femme le poignarde. Ce conte, très court, pure invention des frangins Coen est là comme un conte des origines, une façon de marquer la source, une manière de stupéfier le spectateur qui est la marque principale de ce film. S’ensuit une comédie (très) librement inspirée de leur enfance dans une famille juive des grandes banlieues du Minnesota.

En 1967. Larry Gopnik, un de ces antihéros que les deux cinéastes affectionnent tant depuis The Big Lebowski, professeur de physique dans une petite université du Midwest, vient d’apprendre que sa femme Judith allait le quitter. Elle est tombée amoureuse d’une de ses connaissances, le très pénible Sy Ableman. Arthur, le frère de Larry, handicapé du travail, dort sur le canapé. Danny, son fils, suit l’école hébraïque, walkman sur les oreilles, et sa fille Sarah vole dans son portefeuille car elle a l’intention de se faire refaire le nez.

Pendant ce temps, Larry reçoit à la fac des lettres anonymes visant à empêcher sa titularisation. un étudiant veut le soudoyer pour obtenir son diplôme, son frère étudie l’incompréhensible cabale. Luttant désespérément pour trouver un équilibre, Larry cherche conseil auprès de trois rabbins, tous aussi inefficaces les uns que les autres.

Le film pourrait se résumer par cette scène où le fils de Larry fait semblant d’écouter son professeur d’ hébreu en écoutant Jefferson Airplaine. La religion, diluée dans le contexte moderne, reste source d’identité mais s’est éloignée du monde au point de devenir un mystère inopérant.

La réalité devient surréaliste à l’aune d’une vision religieuse du monde. Ellipses multiples, déstructuration volontaire du récit, casting effectué dans la population décrite, les Coen se jouent de toutes difficultés et prennent un malin plaisir à accumuler les déboires du héros dans la grande tradition burlesque tout en engageant le spectateur sur de fausses pistes sans autre issue qu’un gag salvateur.

Le tout, irrésistiblement drôle, réussit aussi la performance de livrer une réflexion de fond sur la culture juive et sur la place de celle-ci dans le cinéma américain. Edward Hopper, Luis Buñuel, Woody Allen semblent avoir veillé sur la matière narrative du film. Et si le choix d’utiliser des mots yiddish sans les traduire peut une ou deux fois désarçonner, le contexte est là pour que nulle difficulté de compréhension n’en surgisse, pour peu que l’on soit prête à prendre en compte le côté absurde des situations proposées. Ce film est l’un des tous meilleurs films comiques de notre début de siècle. Humour et maîtrise, capacité à saisir les difficultés d’exister, tendresse du regard et froideur du destin. Un régal à déguster sans attendre.

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