Un producteur à classer au même rang que Jean-Pierre Rassam par son originalité et son destin tragique, c’est Gérard Lebovici (né le 25 aout 1932, assassiné le 05 mars 1984, à 52 ans), à la fois producteur, diffuseur, créateur de la structure A.A.A ( Agence Artistique Artmédia comptant près de 421 clients à l’époque, dont Catherine Deneuve, François Truffaut ou Jean-Paul Belmondo...). Il fut le créateur des éditions Champ Libre (avec la publication d’écrivains aussi chevronnés que Clausewitz, Bakounine, Saint-Just, Mesrine ou George Orwell...). Il était aussi l’ami de personnalités médiatiques comme François Truffaut, Yves Montand ou l’avocat Georges Kiejman.
Il fut exécuté de quatre balles dans la nuque avenue Foch le 05 mars 1984 dans un parking souterrain, après avoir reçu un appel d’un pseudo François Besse, ami intime de Jacques Mesrine (dont il était en relation par la Gauche Prolétarienne). Personnage complexe et de gauche, soutien de campagne du candidat Pierre Mendès-France en 1967, puis créateur des éditions "Champ Libre " en 1970, connu pour leurs radicalités singulières. Il a produit les films de Debord et en assure leur propre diffusion par l’achat d’un cinéma sur Paris (le Studio Cujas), qui projette ces films toute l’année (cf critique "In Girum...igni" sur ce site), jusqu’en 1984 (date à laquelle Guy Debord a préféré en interdire la diffusion, suite à des soupçons d’être le commanditaire du contrat sur Lebovici).
Jean-Luc Douin, journaliste au "Monde, a écrit une biographie sur le personnage "Les jours obscurs de Gérard Lebovici" Paris, édition Stock, 2004.
Comme il le déclarait lui-même "Je me suis retrouvé dans la funeste nécessité de gagner sans trêve de l’argent. Mais que l’on sache bien que c’est dans l’unique but d’être de quelque utilité à une Révolution, qui me libérant de cette odieuse obligation, me rendra à moi-même et aux miens". Discours radical pour une époque et un personnage ambigue, aux idées libérées et ouvertes.
Agence Artmédia qui fut en contact constant avec la firme à la marguerite, à savoir la Gaumont et un de ses producteurs symboles : le bien-nommé Daniel Toscan Du Plantier.
Né le 7 avril 1941 à Chambéry (Savoie), Daniel Toscan Du Plantier commence sa carrière dans la presse écrite. Il prend ainsi la direction de la publicité de France Soir en 1969, puis devient directeur général de Régie Presse et directeur de "France-Soir" en 1970.
En 1975, dans le sillage de Nicolas Seydoux, il rejoint la direction de Gaumont. Pendant 10 ans, il est à l’origine de plus d’une centaine de films aussi variés que "Cousin, Cousine" de Jean-Charles Tacchella (1975), "Don Giovanni" de Joseph Losey (1979), "La Cité des Femmes" de Fellini (1980), "Danton" de Andrzej Wajda (1983), "Fanny et Alexandre" de Ingmar Bergman (1983), "Carmen" de Francesco Rosi (1984), "Loulou" (1980) de Pialat, ainsi qu’"A nos Amours" (1983) et "Sous le Soleil de Satan" (Palme d’Or à Cannes en 1987).
Daniel Toscan du Plantier se caractérisait par une certaine idée du cinéma et de la production, c’était un orateur hors pair, limite pédant (cf le fameux sketch des Inconnus le concernant, "Bouleversifiant" c’est lui) ; du temps ou il était à la Gaumont, il a mis en chantier des oeuvres prestigieuses, mêlant cinéma et opéra, oeuvre littéraire de prestige et Cinéma, permis la rencontre de grands auteurs et public de masse. Il a toujours été un soutien inconditionnel de Pialat, mettant en chantier ces oeuvres les plus célèbres ("Loulou", "A nos Amours" ou "Sous le Soleil de Satan"), puis mettant en relation Pialat et CB2000 de Francis Bouygues (structure cinéma de TF1 à l’époque) pour "Van Gogh" en 1991.
Son éviction de la Gaumont en 1985 marque aussi le retour à une certaine normalité de production. En 1988, il prend la tête d’Unifrance (chargé de promouvoir le cinéma français dans le monde) ; il était devenu enfin vice-président du Conseil de Surveillance d’ARTE en 1991. Il trustait aussi les présidences de prestige, celle de l’Académie des Césars en 1992, celle de la Cinémathèque de Toulouse en 1996 jusqu’en 2003, du Festival international du film de Marrakech (crée en 2000).
Toscan, de son vivant (il est mort, en février 2003, d’une crise cardiaque lors du festival de Berlin), s’est toujours engagé pour imposer la marque internationale du cinéma français, son identité et son exception culturelles. C’était un ambassadeur hors pair, qui a laissé sa trace aussi bien dans des festivals aussi prestigieux qu’Yokohama (au Japon) qu’à Sarasota (aux Etats-Unis) ou qu’au festival de Moscou.
En 1999, son livre de souvenirs "L’Emotion Culturelle" est sorti aux éditions Flammarion.