Hommage à Jacques Martin (Le dessinateur !)

Vive la ligne claire et l’école de Bruxelles !
vendredi 29 janvier 2010.
 
Nous apprenons avec tristesse la mort de Jacques Martin ce jeudi 21 janvier 2010 (mais qu’ont-ils tous en ce moment ?, Ils tombent comme des mouches...Rohmer, Tibet, c’est la grippe A ou quoi). Né à Strasbourg le 25 septembre 1921, Jacques Martin se découvre très tôt une passion pour le dessin et pour l’Histoire. il entre aux arts et métiers, ou il reçoit une formation purement technique ( ce qui lui permettra d’acquérir rigueur et ascèse dans son dessin, et de devenir ainsi un des trois piliers de l’école dite de Bruxelles, avec Edgar P.Jacobs et Hergé).

En 1946, tout comme Tibet, il part en Belgique et fait le tour des éditeurs avec son carton à dessin. Il alterne, à cette époque, illustration et Bande-dessinée ; il prend un pseudonyme Marleb, double de son nom et du graphiste Leblicq. Il crée monsieur "Barbichou", "Oeil de Perdrix" et "le Hibou Gris", dont la suite, "Le sept de trèfle", peut être considérée comme un brouillon de "La grande Menace", première aventure du journaliste Lefranc, publié en 1954.

Il conçoit un projet de journal pour les jeunes baptisé "Jacky", qui ne verra jamais le jour (le magazine Tintin est déjà sorti en 1948). C’est dans ce même journal qu’il crée "Alix" en 1948 et "Lefranc" en 1952. Il entre aux studios Hergé en 1953, où il restera 19 ans pendant lesquels il travaillera sur diverses aventures de Tintin (avec Bob De Moor), et publiera 7 Alix et 3 Lefranc.

Dans les années 1970, il quittera les studios Hergé et publiera 9 albums d’"Alix" et 4 de "Lefranc". En 1984, il concrétise deux rêves anciens : Jhen, l’histoire d’un compagnon d’armes de Gilles de Rais et "Arno" , héros d’épopée napoléonienne avec Juillard. En 1991, il crée "Orion" et scénarise avec brio "Kéos l’Egyptien".

A cette époque, il prend un nouveau virage et a de nouveaux collaborateurs pour créer les "Voyages d’Orion", série consacrée à la reconstitution des grands sites antiques. Avec sa vue déclinante, un certain nombre de collaborateurs se chargeront des dessins d’"Alix" ou de "Lefranc" comme Rafael Morales, Patrick Weber ou Christophe Simon. En 1996, il publie son vingtième Alix, intitulé "ô Alexandrie". En 2010, il en est à son vingt-huitième Alix et vingtième Lefranc. Il a vendu à ce jour près de 15 millions d’albums. A noter que des projets cinématographiques ont cherché à adapter les aventures d’Alix ; c’est surtout vrai pour deux aventures "Le dernier Spartiate" ou "Les Légions Perdues" (projets abandonnés car trop couteux).

Pour conclure sur Jacques Martin, on peut dire qu’il était à la fois passionné de dessin et d’histoire, auteur de sept séries de bandes-dessinées connues pour leur caractère épique, la précision de leur trait et la minutie de leur documentation historique. Précision historique à caractère pédagogique, car beaucoup utilisé par les enseignants et les Manuels d’Histoire. Comme il le déclarait lui-même : "Lorsqu’on parle de l’amour du Passé, il faut faire attention, c’est de l’amour de la vie qu’il s’agit, la vie est aussi bien au Passé qu’au Présent".

PS : Les exégètes n’oublieront pas de préciser, sans ostentation, les sourdes tensions homosexuelles des aventures d’Alix et de son protégé Enak l’Egyptien ou du journaliste Lefranc et de Jeanjean, son fidèle compagnon. A noter également que les héros de Bande-dessinée marchent souvent par deux (Spirou et Fantasio, Tintin et Milou, Blake et Mortimer, Boule et Bill, Sarkozy et Fillon (euh non, pas un bon exemple...)) et que ce sont souvent des personnages asexués, prêts pour des aventures trépidantes ; c’est aussi cela la Bande-dessinée belge et la ligne claire.

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