Malgré la présence de ses deux stars, Jim Carrey et Ewan Mc Gregor (récemments faits chevaliers des Arts et Lettres par Frédéric Mitterrand), le premier film du duo de scénaristes Fiquarra et Requa a connu bien des soucis de production - probablement en raison du sujet : une histoire d’amour entre deux homosexuels - jusqu’à sa reprise finale par EuropaCorp, la société de Luc Besson.
Steven (Jim Carrey) a tout du good american citizen - membre de la chorale paroissiale, policier, marié, père d’une petite fille et même buveur de lait - jusqu’à un terrible accident de voiture qui lui sert de révélateur : "Je n’ai rien vécu de la vie ; je vais être pédé... un gros pédé !". Mais l’existence de gay flamboyant, surtout quand on entretient son compagnon, demande beaucoup d’argent et Steven va devoir enchaîner les manigances et les séjours en prison.
Le film, sous forme d’une bluette intimement liée à une grande farce, vaut avant tout par la performance physique de Jim Carrey et sa capacité à exagérer dans des moments anodins tout en restant par ailleurs sobre dans la démesure (certains accoutrements demandent plus que du flegme pour oser les porter en public).
Située hors du registre comique, nul doute que ce new born gay poussé à vivre de grosses arnaques et de petites combines mais qui n’a que l’amour auquel se raccrocher pourrait émouvoir ; hélas, passée au crible d’un scénario qu’on sent trop fabriqué, elle souffre d’un manque criant de fraîcheur et de surprise.
A preuve, la meilleure scène du film voit Jim Carrey sauter en contrebas dans un container de poubelles (ou presque) ; c’est le seul moment où l’on quitte ce néo-comique prédigéré pour retrouver un burlesque sadique façon Laurel et Hardy : un cinéma primitif sans dialogues, sans effets clinquants, sans bons sentiments, quand le rire rencontre brutalement un fond de méchanceté terriblement humain.
Sinon, la soupe proposée n’est pas indigeste mais plutôt insipide ; elle est servie dans une présentation qui se voudrait originale voire provocatrice - le choix du milieu homosexuel pour une histoire sentimentale - mais que les outrances calibrées finissent par rendre très consensuelle. Et le retournement terminal cherche moins à faire rire ou à choquer qu’à seulement surprendre.
Dans un registre proche, le dernier Judd Apatow avait au moins le mérite d’irriter un peu. Ici, à travers un film qui sera probablement vite oublié (juste un peu plus rapidement que la performance de Jim Carrey), le cinéma ne fait hélas pas avancer les idées qu’il utilise. Beaucoup de travail et de talent pour ne récolter au final qu’une mention "pas désagréable" : on n’est pas loin du gâchis.