Succédant dans la filmographie de Bong Joon-ho à « The Host » (2006), plus grand succès du box-office en Corée (13 millions d’entrées) et cité dans Les Cahiers du Cinéma au quatrième rang des meilleures réalisations de la décennie passée, ce « Mother », vu quand même par 3 millions de spectateurs coréens, apparaît presque comme un film intimiste.
En quelques films dont le très remarqué « Memories of Murder », ce jeune réalisateur s’est vite imposé comme un cinéaste important sur le plan mondial, ce qu’il nous démontre dès les premières images - superbes - d’une femme marchant dans un champ de blé et entamant une danse qui évoque déjà un peu la folie.
Partant d’une trame toute simple - son fils attardé mental se retrouvant accusé d’un meurtre sexuel sordide, une mère part mèner sa propre enquête afin de tenter de le disculper - le réalisateur aborde un ensemble de questions autour de la responsabilité individuelle et collective.
On le sait, le cinéma de Corée du Sud (voir notre article en rubrique "panoramas") pratique un rapport étroit avec l’histoire nationale marquée par une longue présence militaire américaine (à l’origine du monstre de « The Host ») suivie d’une période de dictature particulièrement répressive.
C’est probablement ce passé intranquille que portent en eux les voyageurs du bus de la dernière scène. Auparavant, les rapports entre les différents protagonistes auront rarement échappé à la domination, depuis la violence policière rentrée lors de l’interrogatoire (la pomme entre les dents) jusqu’à l’affection fusionnelle aux limites de l’inceste qui unit Jin-tae et son fils.
Mère idéale dans d’innombrables films coréens, la comédienne Kim Hye-ja fait montre ici des sentiments protecteurs qui se révèlent de plus en plus troubles, inquiétants, dangereux. Pour sa part, le chanteur pop Won Bin, issu comme son personnage Do-joon d’un village pauvre et reculé, endosse parfaitement le rôle de son enfant.
Le film passe du temps présent à des souvenirs imprécis, de couloirs étroits à de vastes paysages, d’un golf luxueux à un quartier miséreux, du cocon familial à un monde extérieur hostile. Pourtant la photographie et le cadrage restent toujours somptueux (c’est pour moi le plus beau film en couleurs de ce début d’année), ce qui permet d’oublier les quelques longueurs du début.
Film original, plastiquement superbe mais qui pourra dérouter par son rythme de thriller lent infusé de bouffonnerie et de film noir, "Mother" montre une société hantée par sa mauvaise conscience et très éloignée du bonheur ; l’apaisement par acupuncture que s’accorde finalement Jin-tae ne durera qu’un temps.