Avatar : considérations tardives sur "l’avenir du cinéma"

lundi 22 mars 2010.
 

Pas mal, sans plus ; de belles images mais un scénario simpliste, une bluette sentimentale et trop de combats. Ouf ! On redonne à l’hôtesse de salle ses lunettes stéréoscopiques, rassuré que James Cameron ne nous ait concocté un monde en relief plus conforme à nos désirs.

D’ailleurs, à en juger par les seules bandes annonces, la technologie actuelle montre encore des limites, moins évidentes dans « Schreck 3 » que pour « Alice » (de Tim Burton), dont l’image semble une superposition de plans situés à des différentes profondeurs.

Mais revenons à « Avatar » : le rendu du relief s’avère inégal, très réussi dans les objets semi-circulaires situés près de l’objectif, inopérant pour tout ce qui se déroule en fond de décor. On entrevoit ce que le cinéma pornographique saurait tirer de cette technique (d’ailleurs Tinto Brass et Gaspar Noë seraient déjà intéressés). Par contre, les lunettes font perdre beaucoup en luminosité et l’on se plait même à les retirer par moments.

Film "monde", « Avatar » ne dissimule pourtant rien de ses chromosomes américains : un personnage nommé Kansas, le souvenir d’une intervention des Marines au Vénézuela (on a beau être dans une fiction, Ugo Chavez n’a qu’à bien se tenir !), la couleur des treillis et des matériels militaires...

De même, le récit semble calqué sur la conquête des Etats-Unis au détriment des tribus indiennes : de la symbiose des Na’vis avec la nature jusqu’à l’absence de scrupules des envahisseurs en passant par des expressions comme “l’époque du grand chagrin” ou “les marcheurs de rêve”. On retrouve aussi des traits de Vietnam et d’Asie dans les armes, les montagnes flottantes ou le principe de circulation d’énergie.

Avec un peu de recul, on nage moins dans la 3D qu’en plein paradoxe : cette mégaproduction (500 millions de dollars) hype cherche à nous délivrer un message d’écologie et de tolérance ; elle nous ferait presque regretter un paradis perdu comme Terrence Malick dans « Le nouveau monde » : bref, on sent confusément l’arnaque !

Reste que Cameron sait recréer une jungle de rêve avec sa faune et sa flore multicolores, comme il réussit le mélange des humains et des créatures de synthèse animées. Limite de « Wall-E », la représentation du corps humain est devenue convaincante grace à la performance capture et Cameron a su donner à ses Na’vis un regard félin qui simplifie la restitution des regards.

« Avatar » est donc une évidente réussite sur le plan formel pourtant je n’en dirais pas autant du scénario. Film "tout public", il ne s’éloigne pas des récits hollywoodiens traditionnels, combinant sans originalité action, suspense et bons sentiments ; on assiste à un étrange western intersidéral et pasteurisé qui me rappelle le « Star Wars » originel de 1977 (mais la princesse Leia Organa était bien plus excitante).

En plus d’être manichéen - les gentils indigènes sont attaqués par des méchants militaires et les bons scientifiques tentent de maintenir le lien entre les peuples - et politiquement ultra-correct, « Avatar » valorise les vertus habituelles promues dans tout le cinéma américain (courage, pureté, confiance en soi...) tout en stigmatisant l’Etat totalitaire symbolisé par cette armée obtuse.

En même temps, le film sait rester pudibond à l’extrême : il décrit par le menu toutes les phases de la domestication de l’ikran volant mais élude sagement l’accouplement entre Jakesully et sa dulcinée ; il permet au paralytique de retrouver ses jambes mais pas à la Sigourney Weaver-bis de se draguer un petit jeune !

Malgré son budget pharaonique, « Avatar » stimule finalement moins les neurones qu’il ne réactive notre imaginaire enfantin (ça n’est déja pas si mal). La bataille de bêtes sauvages, aussi spectaculaire que celle du « King Kong » de Peter Jackson (2005), laisse froid en comparaison du chef d’œuvre de Schoedsack et Cooper, pourtant réalisé en 1933. Et aucun risque qu’un scénariste ne fasse déshabiller une Fay Wray contemporaine par un grand singe lubrique !

Dans sa critique réalisée à chaud, Filparp avait déjà remarquablement situé les enjeux de ce film qui ne porte pas (je l’espère également) l’avenir du cinéma, même s’il en confirme les orientations commerciales. Moins que le caractère de divertissement à grand spectacle - après tout une œuvre d’art n’a pas pour vocation l’ennui et l’anonymat - c’est son côté “industrie lourde” qui semble en fixer les limites.

Avec deux pauvres figurines en pâte à modeler, « Mary et Max » distille cent fois plus d’émotions que tous les Na’vis qui défilent devant nos lunettes de location. Prototype de l’hyperproduction, « Avatar » porte surtout ombrage aux blockbusters plus classiques mais risque d’assécher les financements pour des films plus modestes comme il a confisqué nombre d’écrans lors de sa sortie.

Malgré toutes ces limites, reconnaissons qu’« Avatar » joue quand même la carte du cinéma quand trop de réalisations modernes se réduisent à des téléfilms de prestige. Et hormis James Cameron, peu de réalisateurs sont capables de diriger des vaisseaux aussi titanesques : alors, si l’on ne veut pas voir sombrer l’industrie du film dans son ensemble, prudence et gare aux icebergs !

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