C’est souvent avec des Irlandais qu’on fait les meilleurs américains. Jim Sheridan, auteur de « Au nom du père » et « The Boxer », nous en administre une nouvelle fois la preuve dans un genre - le retour du soldat - très prisé Outre-Atlantique et qui a donné quelques chefs d’œuvres comme « Voyage au bout de l’enfer ».
C’est donc l’histoire de deux frères qui s’aiment mais que tout oppose : bon père, bon mari, bon fils, Sam Cahill part faire son devoir de capitaine de Marines en Afghanistan mais disparaît au cours d’une mission ; son frère Tom, à peine sorti de prison, s’amende peu à peu et prend en charge les enfants et la femme de son frère... jusqu’à la réapparition de Sam, échappé des griffes de ses ravisseurs afghans.
Un film hollywoodien, c’est avant tout un casting impeccable ; le choix pour interpréter les frères de deux comédiens qu’on a parfois confondu à leurs débuts - Tobey Maguire, "Spider-Man", et Jake Gyllenhaal, du "Retour à Brokeback Mountain" - s’avère particulièrement judicieux.
On retrouve aussi le visage buriné de Sam Shepard (« Les moissons du ciel », « L’étoffe des héros »). Et puis il y a Natalie Portman, plus mignonne que jamais et qui parvient aussi à nous émouvoir dans une scène larmoyante ultra-prévisible. Bonus : la nouvelle petite copine de Tom (Carey Mulligan) est presqu’aussi belle : c’est quand même chouette l’Amérique !
Toute médaille a son revers : contempler tous ces jolis minois exige de se fader la plus vaste collection de poncifs de l’année en cours (mais la compétition reste ouverte) : sens du devoir, culpabilité, rêves prémonitoires, jalousie, loyauté... tout ça pour ne même pas savoir au final "s’ils ont couché ensemble".
Tiré d’un film danois de 2006 signé Susanne Bier, le scénario, en plus de sa lourdeur, perd une plombe à nous présenter un Sam Cahill exemplaire sous toutes les coutures avant d’expédier en quelques minutes ses deux fillettes qui ne reconnaissent plus leur papa et lui préfèrent désormais le tonton en pleine rédemption.
Gnangnan, balourd, déséquilibré, le récit serait seulement indigeste sans un épisode afghan qui le rend franchement malodorant. Pas un regard sur les populations qui voient des soldats étrangers envahir leur terres mais le malheureux soldat GI obligé d’avouer devant la caméra de ses tortionnaires locaux que "Nous ne devrions pas être ici !" semble démontrer a contrario le bien-fondé de cette présence.
Ce n’est pas la guerre qui a détruit Sam mais bien les odieuses épreuves infligées par les méchants barbus. Du coup, le traumatisme psychologique de l’ex-otage qui peine à retrouver son existence antérieure n’est pas même envisageable pour les détenus qui croupissent à Abou Grahib ou Guantanamo. Pas de pitié pour les ennemis de la pitié !
Sans surprise, on ne retrouve aucune Natalie Portman du côté des terroristes afghans (là, le réalisme fait qu’on n’en veut pas trop au réalisateur). Alors à choisir entre une bande de sadiques hirsutes et une jolie femme patinant gracieusement dans un jean moulé, je vote moi aussi pour l’anéantissement total des sociétés obscurantistes qui refusent la démocratie apportée par nos gentils militaires au péril de leur vie de couple.
Et c’est ainsi qu’Allah doit prendre bien garde à Lui !