Alice au pays des merveilles

De Tim Burton, USA, 2010. 1H49.
lundi 29 mars 2010.
 

« Mais je n’ai nulle envie d’aller chez les fous », fit remarquer Alice. « Oh ! vous ne sauriez faire autrement, dit le Chat : Ici, tout le monde est fou. Je suis fou. Vous êtes folle ». « Comment savez-vous que je suis folle ? » demanda Alice. « Il faut croire que vous l’êtes, répondit le Chat ; sinon, vous ne seriez pas venue ici. » Les Aventures d’Alice au Pays des Merveilles, trad. Henri Parisot, p.17

Pauvre petite Alice, la damoiselle de dix-neuf printemps jouée par l’excellente Mia Wasikowska ! Elle est promise à un riche mais si ennuyeux prétendant... Alors bien sûr elle s’enfuit dans les bois, suit un lapin jusqu’à sa cachette, s’invite aisément dans un monde de merveilles où elle peut grandir et rapetisser à sa guise. Le chemin du retour vers la domesticité familiale imposera de se frotter à la Reine de coeur (Helena Bonham Carter), de prêter l’oreille à un curieux chapelier (Johnny Depp) et d’aider la Reine blanche (Anne Hathaway) à libérer son peuple.

Lewis Caroll et Tim Burton associés, deux génies illuminés sous le même film, n’y songeons pas trop. D’abord parce que l’histoire n’est qu’une approximative régurgitation de l’auteur anglais, ce qui n’est pas le plus grave. Lewis Caroll en a tant vu, de traductions lamentables, d’éditions pour enfants de troisième zone en suites improbables ! Et puis, une adaptation a le droit d’être éloignée du texte d’origine.

Ce ne sont pas non plus le travail graphique ou les effets spéciaux qui posent problème. Même si votre serviteur a enlevé ses petites lunettes au bout de vingt minutes, lassé d’effets 3D sans grand intérêt qui relèvent plus de la superposition de couches que du vrai relief, et si ses tentatives ultérieures ont été de courte durée (insupportable d’avoir tant de personnages unidimensionnels dans un monde censé être en trois dimensions, préférez la version « à l’ancienne »).

Tim Burton, fidèle à la continuité de ses dernièrs prestations, s’emploie à créer un univers fantasmagorique. La musique sirupeuse mais efficace de Danny Elfman, l’amusement des techniciens contemporains à jouer des possibilités du numérique, des paysages ultra-travaillés créent un semblant d’illusion.

Ce sont le scénario et la réalisation qui nous laissent en plan. Paresse générale du propos et du style, verrous posés par la recherche permanente de l’image la plus consensuelle possible, on retrouve sur grand écran la problématique de la télévision à l’heure du prime-time : à force de vouloir plaire à tout le monde, et plus encore de ne vouloir déplaire à personne, on livre un produit proche de l’ennui absolu. Qui certes ne provoquera pas de bataille dans les salles ou entre cinéphiles, mais qui ne soulève aucun enthousiasme. On peut retenir avec un peu de mansuétude une traversée sur crânes plutôt réussie. Point. Et je préfère ici ne pas évoquer la fin, en dessous de tout envisageable.

Tim Burton avait promis de ne plus retravailler avec Walt Disney. Il aurait mieux fait de tenir parole, car le film tient plus de la promenade dans la zone dédiée à Marne-la-Vallée qu’à une entrée en imaginaire. Le chat ressemble à Garfield, tout ressemble à tout, et au final, rien ne ressemble plus à rien.

Cette version de « Alice in Wonderland » est un film pour enfants (pas plus de douze ans) lisse et sans imagination (un comble) , avec personnages caricaturaux (pauvre Johny Depp, totalement à la peine). Le problème, c’est que Tim Burton ne nous a plus guère surpris depuis « Ed Wood » en 1994, et que toujours son cinéma va s’édulcorant.

Certes, une bonne partie du public d’« Avatar » devrait se réjouir de cette production, puisque les lunettes qui donnent l’illusion les trois dimensions sont le dernier must de la sortie au cinéma. En sortant de la salle, on pense cependant que ce film là est loin d’avoir la puissance émotionnelle et créatrice d’un « Magicien d’Oz », mais aussi des productions antérieures de Tim Burton , Pee-Wee Big Adventure, Beetlejuice, Batman, Edward aux mains d’argent.

Quand à sa période phare Tim Burton aurait sauté sur côté sulfureux du personnage du chapelier, au bord de la folie chez Lewis Caroll, il se contente ici de l’affadir à souhait. Manque de folie, manque d’imagination, absence de prise de risque. Un scénario manichéen dans lequel ne peut rentrer une histoire onirique qui frappe vainement à la porte du film sans pouvoir y rentrer. Un triste constat pour une « Alice au pays des merveilles » de bien piètre qualité.

Et une chute en terrier sur toboggan de lieux communs visuels lisses comme gravures de mode, à bien vite oublier.

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