A la lecture du scénario, ami lecteur, il est possible de redouter le pire : une fillette de deux ans abandonnée dans un parc en plein hiver, puis recueillie par un couple de saltimbanques... cela sent le pathos, le mélo sur lit de bonnes pensées et de sentiments lacrymogènes. Autant te le dire tout de suite, ami lecteur, ces craintes sont infondées. Non parce que ce film n’est pas un mélo - certaines critiques parlent d’absence de pathos et renient le terme, cela paraît fort hypocrite - simplement, il existe de bons et de mauvais mélos, et celui-ci, s’il peut inciter à sortir le mouchoir de la poche dans la tranquillité de la salle obscure, est un bon film.
A quoi tient cette réussite qui semble tenir de la gageure ? D’abord sans doute à la façon de faire des deux réalisateurs, à leur histoire personnelle. En 2005, le documentaire « Babooska » suivait pas à pas le quotidien difficile d’un cirque sillonnant l’Italie. Ce matériau aura visiblement servi à Tizza Covi pour ancrer leur film dans le réel évitant ainsi un le premier écueil du mélo : l’exagération pathologique du réel pour titiller la fibre sensible.
Ce premier récif évité pourrait entraîner, par les flots du courant de la corde sensible, vers une autre cause de naufrage cinématographique : l’emprise trop forte de la réalité sociale, la simple démonstration par la fiction. Et ce d’autant plus que la très jeune actrice, du haut de ses deux ans, pourrait être vue comme un jouet manipulé. Mais, fort heureusement, le film joue aussi d’une fibre onirique, ni trop poussée, ni trop ténue. Les décors minimalistes provoquent le rêve sans en rajouter et la meilleure scène du film est sans doute le moment où le spectateur, tout en voyant une piste de cirque misérable et fort réduite, est aussi conscient de la part de magie qu’elle comporte pour la jeune héroïne du film.
La lumière est léchée sans être améliorée, le choix d’un éclairage naturel est fort judicieux. L’Italie de Berlusconi est le théâtre gris et pluvieux d’un monde qui se renie, un cirque géant mais sans le rêve.
Tizza Covi et Rainer Frimmel ont bien retenu les leçons du néo-réalisme italien, cette capacité à toucher le spectateur par des personnages socialement en marge et comme démarqués du réel pour mieux en souligner les absurdités.
La Pivellina est un premier film réussi dont les auteurs ont essayé de faire une grande oeuvre, essayant peut-être un peu trop de “tout y mettre” comme c’est souvent le cas. Ils signent un film fort et attachant, qui peut faire songer, immense compliment, à « La Strada » dans ses meilleurs moments. Et qui, quand il se cherche un peu, n’est jamais mièvre ou ennuyeux.
A découvrir sans attendre, avec un Kleenex en poche pour les coeurs tendres.