Une vie toute neuve

d’Ounie Lecomte (France-Corée du Sud, 2010)
mercredi 14 avril 2010.
 

1975, près de Séoul : une petite fille de neuf ans est placée par son père dans un orphelinat tenu par des sœurs ; au long des mois, elle survit au milieu de ses congénères, noue des amitiés parfois brisées par le départ d’enfants adoptés et change imperceptiblement...

Sujet rabattu, premier film, autobiographie ! Bref, on s’attend à manquer de Kleenex et si d’aventure on voulait changer de salle, "La Pivellina" vous guette avec une histoire de fillette de deux ans abandonnée par sa maman.

MIRACLE !!!

Entendons-nous bien : "Une vie toute neuve" n’est pas un chef d’œuvre absolu mais le film s’écarte totalement du mélo en gardant la bonne distance sur un sujet qui touche pourtant au plus haut point la réalisatrice, née en 1966 et adoptée à 9 ans par un pasteur protestant français.

On ne saura jamais les raisons de l’abandon de Jinhee par son père (joué par Sol Kyung-gu, un acteur habituel de Lee Chang-dong, cinéaste et ancien ministre de la culture, ici producteur). L’orphelinat n’est pas montré comme un milieu hostile ; la réserve des sœurs catholiques et la froideur de la surveillante reflètent plutôt leur volonté de ne pas trop s’attacher à des enfants voués à partir.

La religion, avec ses chants et tout son décorum, n’apparaît que comme un moyen de tromper la monotonie des jours, même si les paroles du Christ sur la Croix font évidemment écho : "Père, Père, pourquoi m’as Tu abandonné ?".

Non, le corps du film est bien l’enfance, et même "L’enfance nue" dans ce refus d’artifice qui rappelle Maurice Pialat ou Léo Ferré quand il évoquait sa vie d’interne au collège, victime d’humiliations sans pouvoir imaginer la révolte ("le drame des enfants... c’est justement qu’ils sont des enfants").

Au fil des saisons, Jinhee va donc apprendre à vivre en collectivité, voir son insoumission se muer en fatalisme, faire le deuil du retour de son père, souffrir quand sa copine Songhee partira avec des parents adoptifs américains...

On attendrait du pathos et de la sensiblerie ; la remarquable petite Kim Sae-ron ne nous offre que son visage rond troué d’un regard noir qui se refuse aux larmes, y compris devant les mensonges des cartes ou des adultes. Elle ne peut même pas mourir en s’enterrant, alors il faut vivre !

Volontairement, la plus belle scène - sur un vélo, arrimée à la veste de son père, tous deux disparaissent en silence dans l’obscurité - n’est pas la dernière (je le regrette) d’un film qui refuse le mélodrame et qui tient à finir sur une note un peu moins rude.

Volià : on attend désormais Ounie Lecomte (styliste devenue costumière puis comédienne chez Olivier Assayas, notamment) sur un autre sujet en souhaitant qu’elle garde cette justesse de ton et la même qualité dans la direction des acteurs. Jamais désespérant, "Une vie toute neuve" représente vraiment une très heureuse surprise.

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