Deuxième long métrage d’Anne Le Ny, après « Ceux qui restent », histoire d’amour entre deux personnes dont les conjoints sont atteints d’un cancer, « Les invités de mon père » était prometteur. Un casting avec des valeurs sûres - Michel Aumont, Fabrice Luchini et Karin Viard -, une histoire riche d’ actualité politique : l’immigration clandestine, les sans papiers, le mariage blanc, l’intégration.
Hélas, le scénario n’est prétexte qu’à une histoire familiale lourde de pathos. Si Anne Le Ny sait manier à merveille l’ironie et la satire en milieu bourgeois “bobo”,cela ne suffit pas et nous laisse sur notre faim.
D’un côté, un père autoritaire et égoïste, au passé auréolé par la résistance, vie professionnelle brillante de médecin aux écrits scientifiques renommés, retraite active dans une association humanitaire défendant les clandestins, culture de gauche qu’il a inculquée de force à ses deux enfants.
De l’autre, une bombe moldave, Tatiana, mère d’une fille de 12 ans, plus proche de la mannequin slave pleine de ressources que de la réfugiée perdue sans défense. Elle pour rester en France à l’abri du besoin jusqu’à partager l’appartement cossu et la couche du généreux octogénaire.
Entre les deux, les enfants, Fabrice Luchini et Karine Viard, les personnages les plus intéressants du film puisqu’ils vont se trouver reniés par leur père. Grâce à l’ histoire d’amour improbable entre celui-ci et la belle Tatiana, la petite fille obéissante, craintive, médecin pour faire plaisir à Papa qu’était Karin Viard, va enfin se rebeller et oser vivre ses désirs. Le fils bafoué, méprisé, complexé devenu avocat d’affaire, plein de ressentiment pour la figure paternelle, va avoir face à lui un père fragilisé, sensible qu’il va enfin pouvoir égaler et comprendre.
Le cynisme de Luchini fait toujours recette : il faut le voir rouler des yeux lorsqu’il reluque Tatiana ! Les crises existentielles de Karin Viard sonnent juste, la complicité retrouvée entre le frère et la soeur après les rancoeurs et jalousies aussi, mais l’on s’ennuie presque en suivant cette histoire peu crédible qui finalement ne prend guère au sérieux le sort des immigrés nouvellement arrivés. Bien sûr, on peut applaudir des deux mains ce profil peu habituel : pas de misérabilisme ni de compassion pour ces immigrés. Tatiana est pleine d’assurance, se fichant éperdument des conventions, posant sa cigarette n’importe où, brûlant le magnifique bureau de l’avocat chic. Mais l’histoire de Tatiana, ses difficultés à obtenir des papiers, ne sont là que pour renforcer et mettre en exergue le mal être des deux enfants maltraités par leur père.
Pourtant une ou deux répliques de Tatiana dénonçant l’arrivisme et le pouvoir de l’argent sont savoureuses ; lorsqu’elle est invitée chez Arnaud à déjeuner embrassant d’un coup d’oeil le séjour elle fait remarquer : “tout est tellement bien assorti qu’on dirait que tout vient du même magasin !”.
Et même si Anne Le Ny sait trouver la faille dans ces personnages de gauche bien pensants, une fois de plus, la comédie française s’englue dans son milieu petit bourgeois vu et revu. Dommage !