Breathless

Un film "hypercoréen"
jeudi 13 mai 2010.
 

Pourquoi "hypercoréen" ? Parce qu’il en exagère presque les caractéristiques. Dès la première scène - un paysage urbain, la nuit - un souteneur cogne une prostituée ; survient un homme qui le frappe à son tour, le rue de coups, le piétine... puis se penche sur la pauvre femme et commence à la giffler en lui reprochant de s’être laissée faire !

Cet étrange sauveteur s’appelle Sang-hoon, petite frappe rageuse et sous-chef d’un gang spécialisé dans le recouvrement de dettes. Ses seuls modes de communication : les insultes et les poings, qu’il adresse sans distinction à ses proches, ses collègues, les policiers ou les malheureux passants qui le croisent.

On comprend vite que tout ceci est la résultante d’une enfance tragique marquée par un père alcoolique et brutal, presque la même vie que celle de Yeon-hee, une lycéenne rencontrée par hasard avec laquelle il entame une belle histoire d’amour platonique digne d’une sit-com.

Car la Corée n’en finit pas de payer ses années de dictature quand la répression régnait en maître jusque dans les Universités où Sang-hoon va donner le coup de poing pour casser du manifestant. Heureusement, dans une tradition très extrême-orientale, on vire instantanément au comique ou à l’onirique, comme dans la séquence (presque) terminale, qui mêle douceur et horreur, rédemption et rêve.

Yang Ik-june signe ici son premier film, à la fois scénariste, metteur en scène, acteur principal, monteur et producteur ! Le scénario, plutôt insistant sur le plan psychologique, s’avère vite prévisible : on aurait gagné à plus de légèreté en supprimant aussi certains moments redondants (le film dure 2h10).

Mais pour le reste, on retrouve les qualités habituelles d’un cinéma coréen qui n’hésite jamais à aborder frontalement son sujet et déborde littéralement de vitalité. A l’aise dans les scènes d’action comme dans les moments tendres - quand Sang-hoon se met à pleurer sur les genoux de son amie - le réalisateur joue de permanentes ruptures de ton et de vifs changements de rythme.

L’image est particulièrement soignée dans ses cadrages, ses éclairages alors que le récit nous trimballe de maisons modestes en ruelles obscures dans udes faubourgs misérables gangrénés par la brutalité. Les personnages tout d’un bloc trouvent cependant une étonnante épaisseur humaine, bien aidés par leurs interprètes, en premier lieu Yang Ik-june et Kim Khobby.

Si l’on supporte les deux scènes d’hyperviolence, ce "Breathless", à défaut de laisser sans souffle, défend vaillamment un cinéma coréeen largement représenté cette année à Cannes avec Im Sang-soo ("The Housemaid") et Lee Chang-dong ("Poetry"), sans oublier Hong Sang-soo ("Ha Ha Ha" dans la sélection Un certain regard).

Quant à Yang Ik-june, mis à part les faiblesses de son scénario, il livre ici une première œuvre prometteuse qui ne peut qu’impressionner par sa vitalité, tout en livrant également une interprétation convaincante. Avec cette ambiance de thriller romantique et violent, difficile de ne pas évoquer le nom de Takeshi Kitano ; alors souhaitons-nous de nouveaux "Sonatine" et autres "Hana-Bi".

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