Avec son quatrième long métrage, Amalric est cette année en compétition à Cannes avec une merveille de fantaisie, une comédie douce amère, pleine d’inventivité et d’émotion qui met en scène les coulisses du Music hall. Et quel music hall ! Un spectacle de strip-tease "New Burlesque" : cinq femmes bien en chair, plus toutes jeunes, maquillées outrageusement, tatouées, à la limite du très mauvais goût mais pleines d’énergie et de sensualité se produisent sur les scènes de province tous les soirs grâce à des numéros de cabaret virevoltants sur des airs rockabilly tonitruants (lesquels ont fait se boucher les oreilles mes voisines de sièges durant la projection !).
Ce qui est extraordinaire, c’est qu’Amalric réussit à filmer ces corps, loin des standards de beauté de la mode et des magazines, avec pudeur et émotion. Amalric tourne chaque numéro de danseuse (tous les numéros ont été entièrement crées par les strip-teaseuses, du choix de la musique à la création des costumes et Amalric filme presque dans son intégralité chaque prestation) dans des lumières chatoyantes. Ces femmes dégagent une énergie incroyable issue de la fierté de leur corps et du plaisir de les exhiber. La scène du numéro de Mimi Le Meaux (prononcez Mimi the miou !), filmée des coulisses à travers le regard bienveillant et admiratif de Joachim, le producteur, est magnifique car respectueuse du corps et de l’intégrité de la danseuse. C’est un film complètement féministe qui apporte un nouveau regard sur le corps de la femme.
Mais c’est aussi le film d’un looser et là Amalric l’acteur est une fois de plus époustouflant. Joachim Zand ancien grand producteur de télévision, petite moustache ringarde, raie au milieu et cheveux gras, s’est enfui aux Etats-Unis pour commencer une nouvelle carrière. Il a trouvé avec ces cinq filles plantureuses, un monde à aimer et à protéger, veut les faire connaître en France grâce à une grande tournée provinciale dont l’ apothéose sera Paris.
Les filles voyagent d’hôtel en hôtel, du Havre à la Rochelle en passant par Nantes (petit clin d’oeil à Jacques Demy et à sa Lola). Elles ne voient rien de la France mais font des rencontres fantaisistes dans ces hôtels banals et boîtes de nuit glauques.
Joachim, qui leur a promis Paris, se voit refuser la salle qu’il comptait louer. Il doit alors se rendre d’urgence dans la capitale pour trouver un endroit pour son spectacle. Hélas, Joachim n’a que des ennemis là-bas : son frère, un grand producteur, son ex-femme, son ex maîtresse, tous vont le traiter de tous les noms, voire l’agresser physiquement.
Mais Joachim se relève toujours. Joachim, à la fois doux et violent, ne supportant pas les musiques sirupeuses d’ascenseur, engageant de folles conversations en pleine nuit avec la pompiste de la station service d’autoroute est un être tourmenté. C’est aussi un père divorcé un peu minable et ses deux fils ont pitié de lui, même lorsqu’il essaie de leur raconter une histoire sans queue ni tête avant de s’endormir dans une chambre d’hôtel à la Rochelle.
Joachim est touchant par sa maladresse , sa sensibilité et l’amour pour sa troupe qu’il exprime à travers un micro planqué dans un local de la régie du théâtre, un après-midi de répétition.
Tournée nous remplit tour à tour de joie, d’émotion, de légèreté dans une compétition plutôt terne, et c’est bonheur !