Copie conforme

D’Abbas Kiarostami, France, Italie, 2010. 1H46.
lundi 24 mai 2010.
 

Copie conforme était pour Abbas Kiarostami le film de deux nouveautés : pour la première fois , il tournait hors d’Iran, pour la première fois il filmait des acteurs professionnels. Pour ces deux innovations, il a choisi deux valeurs sûres : Lucignano, superbe village de Toscane proche de San Gimignano, nimbé d’une lumière douve et précise à la fois, où les amoureux vont convoler car la légende attribue au village des garanties de fidélité au couple. Et Juliette Binoche, actrice française reconnue, pour laquelle il a écrit, dès le début, le scénario.

Le film narre une journée de la vie de James Miller , écrivain anglais venu donner une conférence à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, et d’une jeune italienne qu’il trouble et séduit. La première partie du film traite du sujet du livre de l’écrivain, la différence entre l’authentique et la copie, des incertitudes que ces deux notions recouvrent.

La deuxième partie étend le champ de cette réflexion au champ amoureux. Présentée au départ comme une rencontre nouvelle, la relation entre les deux personnages principaux évolue rapidement. Dans la voiture qui les mène sur le lieu de leur escapade, le couple se chamaille comme un vieux couple. L’homme entre dans le jeu de la femme. Le beau quinquagénaire, incarné par le baryton William Shimmel, dont c’est le premier rôle à l’écran, accepte d’avoir un passé commun de quinze ans, sans que l’on sache de façon tout à fait certaine si c’est là réalité ou jeu.

Juliette Binoche joue la femme blessée par la dégradation du couple au fil des années. « Tu ne fais plus attention à moi », « tu ne m’aimes plus » , et autres litanies qui frappent le quotidien de tant de réalités humaines, scènes comprises. Juliette Binoche sur-joue, William Shimmel sous-joue, l’hystérie est féminine comme l’étymologie et le lieu commun l’exigent. L’homme est un intellectuel égoïste tourné vers l’avenir et la femme une narcisse ayant sans répit le besoin de se rassurer sur sa féminité en regardant en l’autre comme dans un miroir. Rien de novateur sous le soleil de Lucignano. Pour sortir de cette banalité, Abbas Kiarostami s’amuse de son jeu de masques et de miroirs, mais cela finit par sembler artificiel et d’un intérêt limité. Et la fin du film, avec bande sonore de cloches et roucoulement de tourterelles, en rajoute un peu.

Le film est certes sauvé par le talent de faiseur d’images de Kiarostami. Reflets de la ville défilant sur les côtés du pare-brise de la voiture, éclairages splendides, la caméra précise du maître iranien nous offre une agréable balade en Toscane, dans ces lieux enchanteurs où frémissent l’air du soir et les senteurs de l’histoire. Le prix d’interprétation à Cannes de Juliette Binoche, pour n’être pas usurpé, ne récompense pas son meilleur rôle, qui reste à mon sens le Mary d’Abel Ferrara.

Comme en amour on ne sait jamais si l’on quitte ou si l’on n’a été quitté, on ne sait pas très bien après ce film si l’on est heureux ou déçu. Si elle ressemble par certains aspects au Goût de la cerise, cette pellicule-là, plus lisse et plus brillante, pour avoir bon goût, n’en est pas moins plus standardisée et un peu moins charnue.

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