Nous nous sommes tant trompés...
Comme moi, tu pensais, ami lecteur, que Robin Hood, l’homme au capuchon nommé en français Robin des Bois, était un mythe, pas socialiste - ami lecteur, n’exagérons pas, ce n’est pas la horde rose ! - mais quand même, l’exemple d’un peu de redistribution au peuple de l’argent des nantis, comme une figure de gauche...
Que nenni, ami lecteur, que nenni ! Robin des bois revu par Ridley Scott, c’est le CID-UNATI, Florent Pagny en armure, Margaret Thatcher en sous-bois. Robin des bois, c’est l’ennemi de l’impôt, le pourfendeur du fiscal, le viticulteur en préfecture. Robin des bois, c’est la haine de l’état, le droit de tout propriétaire à tuer pour son son bien, le droit du sol et le droit du sang.
Comme moi, tu pensais, ami lecteur, que le Moyen-Âge était une époque sombre et peu connue, où la vie était brève et la lutte pour la vie âpre.
Que nenni, ami lecteur, que nenni ! Les paysans de Pepper Harrow (descendre à la gare de Nottingham) sont sublimement joyeux dans leur relative misère. Leurs dentistes leur assurent des implantations parfaites et l’absence de caries. Le soleil anglais assure aux paysannes un bronzage made in California, un substitut à redécouvrir du Botox leur fait la peau lisse et le teint frais. Les armures des chevaliers ont quelques siècles d’avance grâce à la technologie Made in England. Et leurs quarante kilos n’entravent nullement la nage de chevaliers qui n’ignoraient visiblement rien de l’EPO. Quand à Lady Marianne (amoureuse du héros), campée par une Cate Blanchett aussi convaincante en fermière les mains dans le pétrin que Stéphane Bern en mercenaire sénégalais, son retour en guerrière armée prouve que le défilé de lingerie gay avaient déjà cours au temps des troubadours.
Comme moi, tu pensais, ami lecteur, que le roi Jean avait accepté et proclamé la Magna Carta, la charte fameuse dans l’histoire du monde qui changea la relation des nobles à leur souverain, abolissant en Angleterre la monarchie absolue et préparant sur le long terme l’arrivée du premier des régimes parlementaires.
Que nenni, ami lecteur, que nenni ! A la fin du film, le roi Jean brûle ce papier infâme !
Comme moi, tu pensais, ami lecteur, que Russell Crowe ou Max von Sydow, sans être au top de leur forme, restaient des acteurs de premier plan.
Que nenni, ami lecteur, que nenni ! Formes empâtées, sourires publicitaires, mollesse du jeu, cabotinage, ils prouvent seulement, à la Kouchner, que les derniers rôles ne sont pas toujours les meilleurs.
Comme moi, tu pensais, ami lecteur, que Ridley Scott avait au moins le sens du divertissement, que son cinéma, à défaut d’être crédible (les empereurs pas encore nés dans Gladiator) pouvait parfois faire passer le temps des lourdes soirées du sarkozysme un peu plus vite.
Que nenni, ami lecteur, que nenni ! L’ennui gagne vite en ces bagarres mal filmées, ces scènes sans scénario, ces images sans sens. On comprend pourquoi les magazines de cinéma l’appellent désormais « technicien du cinéma ». Un technicien, comme le trouve tous les jours Raymond Domenech, c’est un homme en grande difficulté et de peu de talent qui se croit une sorte de supériorité innée. A côté de Robin des Bois, Film socialisme est un agréable divertissement, désolé de le dire aux critiques du Figaro, qui, je le sais ami lecteur, lisent régulièrement ces modestes lignes. Non, avec ce film, Ridley Scott a simplement cherché à filmer le plus mauvaise fin de toute l’histoire du cinéma, pour que les étudiants du monde entier puissent voir ce qu’il ne faut pas faire : collage de scènes sans lien, erreurs historiques, costumes ridicules, ralenti mollasson sur visage, rictus de sauvetage impossible de l’être aimé, noyade sur musique sirupeuse, naufrage de toute crédibilité.
Comme moi, tu pensais, ami lecteur, qu’avec ce film le gymnaste souple incarné par Kevin Costner, l’homme au collant vert et à la plume de fanfaron, voire même le Robin des Bois : Prince des voleurs de Kevin Reynolds des années 90, au moins rythmé et enfiévré, allaient prendre un coup de vieux.
Que nenni, ami lecteur, que nenni ! Ils ont beaucoup rajeuni.