Eastern Plays

de Kamen Kalev (Bulgarie-Suède, 2010)
mardi 15 juin 2010.
 

L’offre cinématographique yonnaise est devenue particulièrement riche et variée (qui s’en plaindrait ?) et certains films ne restent pas bien longtemps à l’affiche. Je n’ai pu voir "Eastern Plays", Grand Prix du jury à Angers en 2010, qu’à sa dernière projection et il était trop tard pour vous le recommander. Néanmoins, je tiens à en laisser une trace sur ce blog.

Kamen Kalev est un jeune réalisateur bulgare formé à la FEMIS de Paris où il a passé cinq années. Ses deux premiers courts-métrages ont été sélectionnés à Cannes en 2005 et 2007, tout comme ce film, présenté à la Quinzaine des réalisateurs en 2009. C’est en retrouvant Christo Christov, un étonnant ami de jeunesse depuis longtemps perdu de vue que Kalev a décidé de lui consacrer ce film, très proche de sa véritable histoire.

Le visage trentenaire d’Itso apparaît à son balcon, sur fond de barre d’immeubles médiocres, à la lisière de Sofia. on devine peu à peu son occupation de sculpteur sur bois, son passé chaotique d’alcoolique et de toxicomane, ses relations difficiles avec un père obtus et Georgi, son jeune frère lycéen au crâne rasé qui glisse vers la déliquance.

La Bulgarie moderne est montrée toute nue, livrée à la violence gratuite et à un nationalisme xénophobe attisé par des discours politiciens démagogiques.Portant secours à une famille turque de passage - dont la très belle Isil - Itso se fait tabasser par les agresseurs, des jeunes skinheads racistes dont Georgi.

Sur cette trame éculée d’amour naissant contrarié par les différences ou de trajectoire de frères que tout oppose et qui vont se retrouver, on pouvait s’attendre au pire. Pourtant le récit s’allège par des ruptures de tons, des images décalées (comme ces confidences chuchotées sur fond de feux de voitures dans la nuit) ou une bande sonore toujours judicieuse.

Inquiets par ce début d’idylle touchant Isil, la famille turque plie bagage précipitemment et Itso se retrouve seul. Après l’étrange rencontre d’un vieillard qui se transforme en enfant, le récit devient évanescent ; un long traveling en bord de mer sur fond avec des drapeaux qui flottent nous indique une autre ville, un autre pays...

Cette fin, elliptique et subtile, signe d’évidence un grand réalisateur d’autant que la fin du scénario a été bouleversée par la disparition de l’acteur principal. Dans un entretien accordé récemment aux Cahiers du Cinéma, le réalisateur rapporte :

"Christo était très excité par le fait qu’on fasse un film sur lui. Il parlait toujours de la mort, ne comprenait pas pourquoi on vivait comme ça... C’était la première fois qu’il était devant une caméra mais il était très précis. Même s’il était tout le temps ivre sur le tournage, c’était incroyable, durant le montage de voir que sur quinze prises, il répétait le même geste au même endroit, comme un acteur professionnel, tout en rajoutant des choses qui étaient improvisées mais qui allaient toujours dans le sens de la scène".

Premier long métrage particulièrement prometteur, cet "Eastern Plays" se rapproche du cinéma roumain récent par son contenu social et sa capacité de montrer beaucoup avec peu de moyens, le caractère sarcastique en moins. Retenons en tous cas le nom de Kamen Kalev, avec une pensée émue pour Christo Christov.

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